LA SAINTE TRINITÉ

Le Fils, c’est ce qui est perçu

Le Père, c’est celui qui perçoit

L’Esprit Saint, c’est la perception

 

LE FILS

C’est le petit moi, Xavier, ce que je suis au niveau ordinaire. Et c’est aussi le monde habituel que nous percevons naturellement, le monde visible qui peut être décrit. Vivre dans ce monde est en fait très ennuyeux : il faut faire ceci, pas faire cela, travailler durement sans obtenir grand-chose en retour, etc.

A ce niveau apparaissent le bien et le mal, la vie et la mort, le bonheur et la souffrance, l’espoir et la peur, les formes et les couleurs, les pensées et les sensations, le corps et l’esprit, etc.

Symbole : la monde plat, le mode d’En-Bas, l’ennui et l’absence de sens qui correspond à cet état d’être.

C’est la voie du travail extérieur, qui n’est pas vraiment une voie digne de ce nom, puisque le travail extérieur nous demande des efforts sans fin et n’apporte pas de vrai bénéfice.

 

Perception : C'est la perception du monde que nous avons depuis que nous sommes adolescent. A ce niveau d'être, le Divin ne peut pas être perçu. C’est un état comparable à l’état de rêve ordinaire : totalement identifié au corps de rêve et à son histoire, nous n’avons alors aucune liberté réelle. De plus, la fin du corps de rêve et de son histoire apparaît alors pour l’esprit comme sa propre fin, comme sa propre mort, et bien sûr il est terrifié à l’idée du néant, semblable au sommeil profond et sans rêve qui alterne avec les épisodes oniriques.

 

LE PÈRE

C’est le grand moi, Dieu, l'Ame Soeur. C’est le Royaume, un monde que l’on perçoit soit par l’influence de la méditation, soit par une grâce reçu naturellement. Ce monde est invisible pour les yeux du corps, mais visible pour les yeux du cœur. Percevoir cet au-delà du monde apporte une grande intensité de vie et un état d’extase.

A ce niveau, il n’y a ni bien ni mal, ni vie ni mort, ni bonheur ni souffrance, ni espoir ni peur, ni forme ni couleur, ni pensée ni sensation, ni corps ni esprit, etc.

Symbole : la sainte montagne, l’ascension spirituelle et toutes les épreuves qui vont avec. C’est la voie de l’effort, la voie progressive, qui va de bas en haut, de l’ignorance à l’éveil.

C’est la voie du travail intérieur, qui exige de nous de grands efforts et l’acceptation de diverses souffrances, mais qui apporte un bénéfice vrai et durable.

 

Perception : C'est la perception du monde que nous avions entre le moment où nous avons appris à parler et l'adolescence. A ce niveau, le Divin peut être perçu, ou plutôt entre-apperçu, mais de manière inconstante et incorrecte : le Divin est perçu par moment, mais la tendance de l'esprit à ce niveau d'être est l'oubli. Donc, en dehors de quelques moments exceptionnels, l'esprit oublie l'essence divine et se comporte de manière ordinaire; et même quand l'essence divine est perçue, elle l'est de manière incorrecte, comme si elle existait séparément de l'âme qui la contemple. Dans cette situation, l'âme a très envie de s'unir à Cela, de combler le fossé qui la sépare de Cela; elle ne réalise pas que l'on ne peut pas être ni séparé ni uni à Cela, que Cela ne peut pas être gagné ou perdu. Cet état peut être symbolisé par une personne qui dort : pendant de courts instants, elle prend conscience qu’elle rêve… peut-être va-t-elle penser qu’elle est sur le point de s’éveiller, tenter de s’éveiller, voir même rêver qu’elle s'est éveillé… et puis elle est à nouveau emportée par le rêve et l’inconscience.

 

L’ESPRIT SAINT 

C’est le moi subtil. En effet, pour celui qui perçoit l’Esprit Saint, les questions « Qu’est ce que je dois faire (pour être heureux) ? Qui suis-je ? Quelle est la nature du réel ? etc » ne peuvent pas s’appliquer. Percevoir Cela, l’Esprit Saint, apporte la plus haute félicité possible pour l’être; mais on ne peut pas y arriver directement, sans passer par le Père.

A ce niveau, il n’y a ni bien ni mal, ni absence de bien et de mal, ni vie ni mort, ni absence de vie et de mort, ni bonheur ni souffrance, ni absence de bonheur et de souffrance, ni espoir ni peur, ni absence d’espoir et de peur, etc. Ou plus exactement, ces choses n'existent plus séparément les unes des autres, et par conséquence, elles perdent les caractéristiques qui les définissent.

Symbole : le refuge, la fin de l’ascension spirituelle.

En fait, comme les savent tous les alpinistes, la descente est plus problématique que la montée. Quand on est engagé dans la voie spirituelle, on est donc obligé de « sortir » par le haut. Mais le refuge ne se trouve pas au sommet de la montagne… il est au pied de la montagne, précisément à la limite du monde des hommes et du monde de Dieu.

La voie spirituelle nous conduit au but de l’existence, mais par un chemin étrange : on sort du monde des hommes, on passe devant le refuge sans réaliser ce qu’il est, on s’engage dans l’ascension, on se bat avec les éléments, on arrive au sommet après une lutte acharnée, on est déçu en réalisant que l’atteinte du sommet n’apporte pas la joie espérée, dégoûté on redescend avec le téléphérique… et puis on se retrouve dans le refuge au pied de la montagne. Mais notre perception a changé… et la nouvelle perception acquise fait que le refuge – et l’univers tout entier – deviennent une source de joie pure.

C’est la voie immédiate, car elle ne nous conduit nulle part, excepté à ce qui est ici et maintenant. Comme il n’y a rien à accomplir, ni travail extérieur ni travail intérieur, c’est la voie du non-effort.

 

Perception : C'est la perception du monde que nous avions entre le moment où nous sommes nés, et le moment où nous avons appris à parler. A ce niveau, le Divin est perçu de manière constante et juste. Cette perception ce déploie de manière naturelle, normale et spontanée.

Remarquons que quand une personne ordinaire atteint un âge avancée, elle redevient souvent comparable à un enfant : elle a du mal à marcher et à garder l’équilibre, ses paroles ne sont pas toujours compréhensibles, elle se salit en mangeant, etc. Je pense que c’est là un signe que l’esprit cherche perpétuellement à retrouver la perception du petit enfant. Malheureusement, il s’agit là d’une tentative malhabile et inefficace pour retrouver cet état originel…

Retrouver la perception du petit enfant, cela signifie voir ce qui est sans juger ce qui est. Juger ce qui est une activité mentale qui consiste à mettre ce qui est dans la catégorie bien ou dans la catégorie mal. Voir ce qui est n’est pas une activité mentale, c'est une action concrète.

Malheureusement, la tendance à juger le réel est si forte en nous, que le seul "truc" que notre esprit a pu trouver pour connaître l’apaisement, c’est le sommeil sans rêve et le moment de la mort. Car dans cet état, comme rien ne se manifeste, rien ne peut être jugé. C’est pour cela que la journée d’un être humain se termine toujours par le sommeil, et la vie d’un être humain se termine toujours par la mort.

Celui qui voit ce qui est ne fait pas l’expérience de la perte de conscience ni de la mort, car il n’en a plus besoin. Celui qui est centré sur la présence originelle, qui est réellement conscient et éveillé, qui n'est en aucune façon identifié au corps de rêve et à son histoire, ne peut pas être affecté par la question de la naissance et de la mort, qui n’est en fait que le début et la fin du corps de rêve et de son histoire.

 

 

croix symbole trinite