LE MESSAGE "GNOSTIQUE" DE JESUS CHRIST

 

vierge marie lumière

 

 

On considère généralement qu’il existe de nombreuses religions : le christianisme, le bouddhisme, l’hindouisme, l’islam, etc. Mais toutes ces religions ont les mêmes buts : cultiver la sagesse, la compassion, la discipline, etc, et éliminer l’ignorance, l’égoïsme, la paresse, etc. Ce qui les distingue ce sont les moyens employés pour parvenir à ces buts. Donc une personne qui se comporte avec sagesse, compassion, etc, est en accord avec toutes les religions, c’est un bon chrétien, un bon bouddhiste, etc. Tandis qu’une personne qui agit sous l’influence de l’ignorance, de l’égoïsme, etc, est en désaccord avec toutes les religions, c’est un mauvais chrétien, un mauvais bouddhiste, etc.

 

Chacune de ces traditions proposant une voie rapide pour ceux qui sont particulièrement motivés : pour les chrétiens, il s’agit du gnosticisme, pour les musulmans, du soufisme, et pour les bouddhistes et les hindouistes, du tantrisme.

 

Christ transcende le temps et l’espace : pur et lumineux, il est présent en chaque être, il est la nature du réel, il est ce qui est. Jésus est une de ses incarnations ou manifestations. Sakyamuni, le bouddha historique, est une autre de ses incarnations. Il n’y a donc aucune contradiction entre les différentes voies spirituelles et les différentes religions.

 

Malheureusement, aujourd’hui, la grande majorité des chrétiens ne connaissent pas Christ et ne comprennent pas son enseignement.

En effet, quand Jésus dit "Dieu est Amour", "Demandez et vous recevrez", etc, il parle en fait de "sa" perception du réel. Quand il dit "Venez à moi vous qui souffrez, car mon pouvoir est douceur", il décrit la manière d'être de Christ, le Fils de Dieu. Il cherche donc à nous inciter à quitter le Monde d'En-Bas, et à rechercher le Royaume de Dieu, car c'est seulement là que notre coeur sera en paix.

Mais parvenir au Royaume de Dieu, cela exige de grands efforts et beaucoup de persévérance; et c'est seulement tout à la fin du parcours spirituel, après des années de recherche intense, que l'on peut comprendre le sens des mots "Dieu", "Amour", "Royaume", etc. La plupart des gens n'ont aucune idée de la signification de ces mots, et même ceux qui ont eu la chance d'avoir un petit aperçu du sens de ces mots n'arrivent pas à agir en fonction.

Bref, si dans l'absolu il est vrai que le Royaume de Dieu est accessible à tous tout le temps, concrètement il faut des années d'un travail intérieur intense pour arriver à le percevoir.

 

La grande erreur est de considérer que Dieu existe séparément de l’homme. La crucifixion, ce n’est pas lorsque l’humain tue le divin, c’est lorsque l’humain et le divin sont séparés, ce qui entraîne la mort de l’humain et la mort du divin. La résurrection, c’est lorsque l’humain et le divin sont réunifiés, ce qui entraîne la vie de l’humain et la vie du divin. Et ce qui fait le lien entre l’humain et le divin, c’est l’Esprit Saint.

« Celui qui aura méprisé le Père (Dieu, ce qui n’est pas moi), on lui pardonnera, et celui qui aura méprisé le Fils (l’humanité, ce qui est moi), on lui pardonnera. Mais celui qui aura méprisé l’Esprit Saint, on ne lui pardonnera pas, ni dans ce monde, ni dans l’autre monde. » (Évangile de Thomas)

Les gens ordinaires pensent ainsi : d’abord il y a moi, ensuite il y a ma famille, ensuite mon village, ensuite la terre, ensuite l’univers, et ensuite il y a Dieu. C’est complètement incorrect ! En réalité, d’abord il y a Dieu, ensuite il y a moi, ensuite ma famille, etc. Xavier, c’est ce que je crois être ; Dieu, c’est ce que je suis (et c’est valable pour n’importe qui évidement !).

 

Parmi les 12 disciples de Jésus, Pierre, Jean et Marie sont un peu particuliers. Pierre représente le Fils de l’Homme, l’humanité, tandis que Jean, « le disciple que Jésus aimait », représente le Fils de Dieu, la divinité. Quant à Marie de Magdala (Marie-Madeleine), elle représente l’Esprit Saint, la fusion, l’union entre l’humanité et la divinité :

« La compagne de Jésus est Marie Madeleine. Le Seigneur l'aimait plus que tous les disciples et il l'embrassait souvent sur la bouche. Les disciples le voyaient et ils lui dirent : Pourquoi l'aimes-tu plus que nous tous ? Le Sauveur répondit: Comment se fait-il que je ne vous aime pas autant qu'elle ? Un aveugle et quelqu'un qui voit, quand ils sont tous deux dans l'obscurité, ne sont pas différents l'un de l'autre. Mais si la lumière vient, alors celui qui voit verra la lumière alors que celui qui est aveugle demeurera dans l'obscurité » (Evangile selon Philippe)

 

Beaucoup de gens ne donnent pas aux mots employés dans la Bible un sens correct. Dans le contexte religieux, tous les couples suivants sont synonymes : Dieu/humanité, père/mère, homme/femme, adulte/enfant, créateur/créature, divin/humain, ciel/terre, soleil/lune, royaume/monde, esprit/corps, monde spirituel/monde matériel, éternité/temps, son/écho, feu (ou sang, ou vin)/eau, etc. L’axe vertical de la croix symbolise le premier membre des couples cités précédemment ; l’axe horizontal symbolise le deuxième membre. Ainsi, par exemple, quand Jésus dit à ses disciples, parlant de Jean Baptiste : « Il est le plus grand sur terre, mais le plus petit au ciel est plus grand que lui » ou « Lui vous a baptisé dans l’eau, moi je vous baptiserai dans le feu », cela a un sens. Le 1er membre symbolise ce que les bouddhistes appellent nirvana ou réalité ultime, tandis que le 2ème membre symbolise le samsara, la réalité conventionnelle. Les 2 membres des couples symbolisent donc 2 manières de percevoir les choses. Il devient donc évident que le « royaume des cieux », la « vie éternelle », peut être atteint dans cette vie et pas obligatoirement après notre mort.

 

Il y a une symétrie entre l’ancien et le nouveau testament. Adam, qui a commis le péché originel, symbolise le vieil homme ou la vieille humanité. Jésus, que l’on nomme le 2ème Adam ou le nouvel Adam symbolise le nouvel homme, l’humanité régénérée. Ainsi, par exemple, lorsqu’à la fin de l’évangile de Jean, il est dit que de l’eau et du sang sortent du côté droit de Jésus après la crucifixion, cela signifie que par son action, Jésus a permis la naissance d’une nouvelle humanité, lavée du péché originel (Eve était sorti du côté droit d’Adam). A la Genèse (le 1er acte de la Bible) répond l’Apocalypse (le dernier acte de la Bible). A l’édification de la Tour de Babel, où Dieu fait en sorte que les hommes n’arrivent plus à communiquer, ni à se comprendre, répond la manifestation de l’Esprit Saint, à la Pentecôte, qui permet à des hommes ne parlant pas la même langue de communiquer. Au péché commis par le 1er Adam, répond le don de vie du 2ème Adam, etc.

Adam s’est endormi. Après, il a rêvé qu’à cause du péché originel, il était séparé de Dieu (ce que décrit l’Ancien Testament). Et puis, il a rêvé qu’à cause de la venue de Jésus Christ (c'est-à-dire lorsque Adam « éveillé » s’est incarné dans le rêve pour libérer Adam « endormi »), il était réunifié à Dieu (ce que relate le Nouveau Testament). Mais cette séparation et cette réunification n’ont jamais vraiment eu lieu. Le problème d’Adam ce n’est pas d’être séparé de Dieu, c’est d’être séparé de lui-même. Il est dans la lumière, mais il rêve qu’il souffre ; il est éternel, mais il rêve qu’il possède un corps mortel. Mais si l’esprit d’Adam est parfait, comment peut-il s’illusionner ? C’est impossible, ce qui prouve bien que l’illusion, le péché, la mort et la souffrance n’ont pas d’existence véritable.

 

Les gens ordinaires comprennent les enseignements de la bible de manière exotérique, comme si ils parlent de transformations se produisant à l’extérieur de nous-mêmes, alors qu’en vérité ces enseignements sont ésotériques, ils décrivent des transformations se produisant à l’intérieur de nous-mêmes. « Le jugement dernier », par exemple, est « le dernier jugement », c'est-à-dire la dernière fois que notre esprit juge, la dernière fois que nous nous attachons aux pensées « j’aime ceci », « je n’aime pas cela », « je suis ceci », « je ne suis pas cela ». La conséquence est la disparition du moi séparé du non-moi, de l’ego séparé du monde. C’est cela « la fin du monde ». Quant à « la fin des temps » ce n’est rien d’autre que la fin de notre habitude à vivre hors de l’instant présent. Tous les enseignements révélés dans la bible deviennent totalement aberrants si on les comprend dans un sens littéral et exotérique, comme par exemple la Cène qui devient, dans ces conditions, une incitation au cannibalisme et à l’alcoolisme ! La véritable crucifixion n’a pas eu lieu il y a 2000 ans dans pays lointain, elle a lieu ici et maintenant, dans notre propre esprit. De même, la genèse, la résurrection du christ, l’apocalypse, tout cela se produit à l’intérieur de nous, en cet instant.

 

Il y a aussi un malentendu en ce qui concerne l’argent. Ni Jésus, ni les saints chrétiens, n’ont jamais considérés que l’argent soit mauvais. Ce qui est mauvais, c’est « l’attachement » à l’argent. Une personne riche et généreuse est certainement plus proche de Dieu, qu’une personne pauvre et avare. Dans le même ordre d’idée, il existe bon nombre de phrases dans la Bible qui peuvent nous faire croire que l’esprit est bon et que le corps et mauvais. Mais notre corps n’est pas mauvais ! Il est même très précieux ! Ce qui doit être détruit, c’est encore une fois « l’attachement » au corps. Si il fallait détruire son corps pour arriver au Royaume de Dieu, alors le suicide serait la voir royale pour arriver au Divin, ce qui bien sûr est absurde. En ce qui concerne les pensées et les émotions, la souffrance et la jouissance, c’est notre « identification », notre « attachement » à ces choses qui doit être éliminé et non ces choses elles-mêmes. Les pensées sont bonnes, le corps est bon, la jouissance est bonne, la souffrance est bonne, l’argent est une bonne chose ; si ce n’était pas le cas, Dieu n’aurait pas créé ces choses. En fait, nous devons tout aimer, et ne nous attacher à rien (cette philosophie est ce que les orientaux appellent « le tantrisme »). Mais Hélas, beaucoup de gens font le contraire : ils s’attachent à tout, mais n’aiment rien. Pour illustrer ce propos, prenons un exemple : un alcoolique est attaché au vin, mais il ne l’aime pas vraiment ; tandis qu’un oenologue, lui, aime le vin, mais n’y est pas attaché.

 

Le détachement des objets terrestres donne de ces objets mêmes une connaissance plus claire, qui permet d'en bien juger tant naturellement que surnaturellement. Enfin, il met à même d'en jouir d'une manière tout autre que ne le fait celui qui y est attaché. L'homme détaché a sur celui qui ne l'est pas de manifestes supériorités. Il goûte les objets terrestres selon ce qu'ils ont de véritable ; l'autre, selon ce qu'ils ont de mensonger ; le premier, selon ce qu'il ont de meilleur ; l'autre, selon ce qu'ils ont de pire ; le premier les juge selon la substance, le second, en y attachant ses sens, les juge selon l'accident. Les sens, en effet, ne peuvent atteindre et pénétrer que l'accident ; l'esprit, au contraire, dépassant les nuages de l'accident, pénètre la vérité et la valeur des choses, ce qui est son objet propre.   (St-Jean de la Croix)

 

Et selon les bouddhistes :

« Soyez comme un petit enfant dans un palais grandiose, qui s’émerveille de tout, sans s’attacher à rien. »

 

Par ailleurs, la plupart des gens ne comprennent pas ce qui s’est vraiment joué au moment où Jésus a été crucifié. Ils ne comprennent pas non plus le rôle qu’a joué Judas. En effet, Judas n’a jamais « trahi » Jésus ; c’est au contraire Jésus qui l’a choisi pour faire ce qu’il a fait.

 

« L’argumentation passionnelle qui tend à suggérer que Judas a trahi le christ, en le livrant aux mains des autorités, repose en grande partie sur l’hypothèse que la crucifixion n’était ni nécessaire, ni intentionnelle, et qu’elle fut un mal. Mais ceci ne semble pas être le cas. De tous les évangiles se dégage l’impression que le christ restait toujours maître la situation et qu’il laissa volontairement le drame se dérouler, comme il le devait, selon une nécessité plus haute que celle des foules ou de la force des événements. » (Ravi Ravindra)

 

Et voici comment l’apôtre Jean a vécu la crucifixion :

« Bien-aimés, après que le Seigneur eut accomplit cette danse, il sortit avec nous. Et nous, comme victime de l’égarement ou du sommeil, nous prîmes la fuite, chacun de son côté. Pour moi, quand je le vis souffrir, je n’assistais pas non plus à sa souffrance, mais je m’enfuis sur le mont des Oliviers, en pleurant à cause de ce qui était arrivé. Lorsqu’il fut suspendu le vendredi à la sixième heure, il y eut des ténèbres sur toutes la terre ; et mon Seigneur se tint au milieu de la grotte, il m’illumina et dit : « Jean, pour la foule d’en bas, à Jérusalem, je suis crucifié, je suis piqué par des lances et des roseaux, je suis abreuvé de vinaigre et de fiel. Mais à toi je vais parler, et ce que je vais dire, écoute-le. C’est moi qui t’ai donné l’idée de monter sur cette montagne pour que tu écoutes ce qu’il faut qu’un disciple apprenne de son maître et un homme de son Dieu. »

 

« Lorsqu’il eut dit cela, il me montra une croix de lumière solidement établie et, autour de la croix, une grande foule qui n’avait pas de forme unique. Dans la croix, il y avait une forme unique et une figure qui possédais la ressemblance. Le Seigneur lui-même, je le voyais au-dessus de la croix : il n’avait pas d’aspect extérieur, mais seulement une voix – non pas cette voix qui nous était familière, mais une voix douce, bienfaisante et véritablement de Dieu – qui me disait :

« Jean, il faut qu’une seule personne écoute de moi ces paroles ; car j’ai besoin d’une seule personne, celle qui doit écouter. La croix de lumière est appelée par moi, à cause de vous, tantôt ‘Verbe’, tantôt ‘intelligence’, ‘Christ’, ‘porte’, ‘chemin’, ‘pain’, ‘semence’, ‘résurrection’, ‘fils’, ‘père’, ‘esprit’, ‘vie’, ‘vérité’, ‘foi’, ‘grâce’ ; c’est pour les hommes qu’elle est appelée ainsi. Mais voici ce qu’elle est véritablement, comprise pour elle-même et définie à votre intention : elle est délimitation du Tout, restauration stable de ce qui est ferme en l’écartant de ce qui n’a pas d’assise, et mise en ordre de Sagesse. Or, quand Sagesse est mise en ordre, voici que viennent à l’existence ceux de droite et ceux de gauche, puissances, autorités, principautés, démons, énergies, menaces, fureurs, calomnies, Satan et la racine inférieure d’où a procédé la nature de ce qui est créé.

 

« Cette croix donc, qui a affermi le Tout par le Logos, qui a tracé une limite à ce qui est créé et inférieur, puis s’est répandue en toute choses, ce n’est pas la croix de bois que tu vas voir quand tu seras descendu d’ici. Je ne suis pas non plus celui qui est sur la croix, moi que maintenant tu ne vois pas, mais dont tu entends seulement la voix. J’ai été considéré pour ce que je ne suis pas, n’étant pas ce que je suis pour la multitude ; bien plus, ce qu’ils diront à mon sujet est vil et indigne de moi. En effet, puisque le lieu du repos ne peut être ni vu ni décrit, à bien plus forte raison, moi qui suis le Seigneur de ce lieu, je ne pourrai être ni vu ni décrit.

« La foule, autour de la croix, qui n’a pas une forme unique, c’est la nature d’en bas. Et ceux que tu vois dans la croix, s’ils n’ont pas une forme unique, c’est que tous les membres de celui qui est descendu n’ont pas encore été rassemblés. Mais, quand la nature de l’Homme, la race qui se joint à moi et obéit à ma voix, sera élevée, celui qui maintenant m’écoute en fera partie : il ne sera plus ce qu’il est maintenant, mais il sera au-dessus de la croix comme je le suis maintenant. En effet, tant que tu ne dis pas que tu es à moi, je ne suis pas ce que j’étais. Mais, si tu m’écoutes, toi aussi, en écoutant tu seras comme moi ; et moi je serai ce que j’étais quand (…). Ne te préoccupe donc pas de la multitude et ne recherche pas la compagnie de ceux qui sont en dehors du mystère. Sache en effet que je suis tout entier auprès du Père et que le Père est auprès de moi. (Actes selon Saint Jean)

 

Beaucoup de gens ne comprennent pas non plus que Satan ne s’est jamais opposé à Dieu, qu’il L’a toujours servi et qu’il est Fils de Dieu.

« A un niveau inférieur, une personne est en prise avec un plus petit démon ; un grand démon attend une grande âme ! Le niveau de démon contre lequel luttent le Bouddha ou le Christ est bien supérieur à celui du démon qui consent à lutter contre un homme ordinaire. (…)

Personne ne peut arriver à Dieu sans arriver d’abord au Diable. Il garde la porte du ciel et vanne le grain de la balle ; il est celui que Dieu a chargé d’être l’examinateur des âmes. Tant qu’on n’accepte pas de rencontrer le Diable, de le connaître et d’en être connu, de le mettre à l’épreuve et d’être mis à l’épreuve par lui, on ne peut arriver en présence de Dieu. Pas de Diable, pas de Dieu. » (Ravi Ravindra)

 

« L’âme ne prend conscience du sens des choses qu’à travers les phénomènes et les contraires. Tant que l’âme angélique ne prend pas l’habit humain terrestre, elle n’aura pas conscience de la spiritualité ; si elle n’est pas en contact avec l’adversité, elle n’aura pas conscience de la félicité ; si elle n’est pas en contact avec le mensonge, la cruauté, elle n’aura pas conscience de la droiture, de la charité, etc. » (Bahrâm Elâhi)

 

« Jésus disait : peut-être les hommes pensent-ils que je suis venu semer la paix dans le monde. Ils ne savent pas que je suis venu semer la division sur la terre : un feu, une épée, une guerre. Il y en aura 5 dans une maison : 3 seront contre 2 et 2 contre 3, le père contre le fils, le fils contre le père. Ils se dresseront purifiés » (Evangile selon Thomas)

 

« Fondamentalement, la division qu’apporte le Christ est une guerre à l’intérieur de notre âme : entre le oui à la lumière que l’on ne connaît pas, mais dont on ne peut se tenir éloigné, et le non à la lumière, qui maintient accroché à l’obscurité que l’on connaît tout en l’abhorrant. Plus on est proche du Christ, plus le combat est grand. » (Ravi Ravindra)

 

Jésus n’a jamais facilité la vie de ses disciples, bien au contraire : il fit en sorte que l’apôtre Paul devienne temporairement aveugle, il frappa l’apôtre Jean au visage qui ressentit une terrible douleur qui ne s’atténua qu’au bout de plusieurs semaines, la Vierge Marie fut submergé de douleur en voyant son fils crucifié, etc. Tous les miracles relatés dans les évangiles son symboliques : lorsque Jésus réveille un mort, qu’il donne la vue à un aveugle, etc, cela symbolise le fait que notre esprit est mort et que le Christ a le pouvoir de lui donner la vie, que notre esprit est aveugle et que le Christ peut lui donner la capacité de voir, etc. Peut-être Jésus a-t-il fait réellement fait ces miracles, peut-être avait-il des pouvoirs magiques, mais l’important n’est vraiment pas là. En effet, le pharaon qui s’opposa à Moïse était entouré de prêtres qui possédaient des pouvoirs magiques, mais ne faisaient certainement pas la volonté de Dieu. Quant au cousin du Bouddha, Devadatta, il possédait de nombreux pouvoirs supranormaux, qu’il perdit au moment où il conçut le projet de tuer Bouddha, et il dut finalement reprendre naissance en Avici, le pire des enfers…

 

Parmi les différents types de relation que nous pouvons avoir avec Dieu, on pourrait distinguer 3 niveaux. Le 1er niveau, le plus élevé, c’est l’amour de Dieu. L’amour de Dieu est synonyme d’extase, d’un bonheur sans tâche. Le 2ème niveau, le niveau intermédiaire, c’est la crainte de Dieu. Le 3ème niveau, c’est être indifférent (ou faire semblant de ne pas être indifférent, ce qui revient au même) à la présence de Dieu. La majorité des gens vivent à ce niveau. C’est pour cela que les saints ont toujours exhorté les gens en leur disant « craignez Dieu ! » afin de les inciter à passer au 2ème niveau. La peur étant en quelque sorte la sœur de la colère, la parole « craignez Dieu ! » peut aussi bien être remplacée par « soyez en colère contre Dieu ! ». L’apôtre Paul nous dit :

« Soyez en colère du matin jusqu’au soir, sinon vous serez les esclaves du Malin ! »

 

Et voici un extrait de la Bible,  qui nous parle de la vie du prophète Job :

« Or, les fils de Dieu vinrent un jour se présenter devant l'Éternel, et Satan vint aussi au milieu d'eux se présenter devant l'Éternel. Dieu dit à Satan : D'où viens-tu ? Et Satan répondit à Dieu : De parcourir la terre et de m'y promener. Dieu dit à Satan : As-tu remarqué mon serviteur Job? Il n'y a personne comme lui sur la terre ; c'est un homme intègre et droit, craignant Dieu, et se détournant du mal. Il demeure ferme dans son intégrité, et tu m'excites à le perdre sans motif. Et Satan répondit à Dieu: Peau pour peau ! Tout ce que possède un homme, il le donne pour sa vie. Mais étends ta main, touche à ses os et à sa chair, et je suis sûr qu'il te maudit en face. Dieu dit à Satan : Voici, je te le livre : seulement, épargne sa vie. Et Satan se retira de devant la face de Dieu. Puis il frappa Job d'un ulcère malin, depuis la plante du pied jusqu'au sommet de la tête.

(…)

Après cela, Job ouvrit la bouche et maudit le jour de sa naissance. Il prit la parole et dit : Périsse le jour où je suis né, Et la nuit qui dit : Un enfant mâle est conçu !

(…)

Pourquoi ne suis-je pas mort dans le ventre de ma mère ? Pourquoi n'ai-je pas expiré au sortir de ses entrailles ? Pourquoi ai-je trouvé des genoux pour me recevoir, Et des mamelles pour m'allaiter ? Je serais couché maintenant, je serais tranquille, je dormirais, je reposerais…

(…)

Ou je n'existerais pas, je serais comme un avorton caché, comme des enfants qui n'ont pas vu la lumière. Là ne s'agitent plus les méchants, et là se reposent ceux qui sont fatigués et sans force ; les captifs sont tous en paix, ils n'entendent pas la voix de l'oppresseur ; le petit et le grand sont là, et l'esclave n'est plus soumis à son maître. Pourquoi donne-t-il la lumière à celui qui souffre, et la vie à ceux qui ont l'amertume dans l'âme, qui espèrent en vain la mort, et qui la convoitent plus qu'un trésor, qui seraient transportés de joie et saisis d'allégresse, s'ils trouvaient le tombeau ? A l'homme qui ne sait où aller, et que Dieu cerne de toutes parts ? Mes soupirs sont ma nourriture, et mes cris se répandent comme l'eau. Ce que je crains, c'est ce qui m'arrive ; ce que je redoute, c'est ce qui m'atteint. Je n'ai ni tranquillité, ni paix, ni repos, et le trouble s'est emparé de moi. »

 

En fait la colère, la haine, ce n’est que de l’amour déçu. C’est en quelque sorte un amour inversé, qui au lieu de tendre vers le haut, tend vers le bas. La haine peut donc être transformé en amour, tandis que l’indifférence ne peut pas être transformé en quoi que ce soit.

Il faut aussi bien comprendre que les plus grands saints ont souvent été de très grands pécheurs. Moïse, par exemple, a tué un homme de ses mains. Ses compagnons ont été si choqués par ce geste, qu’ils se sont détournés de lui et ne lui adressaient plus la parole. Pourtant, c’est à lui que Dieu a révélé les 10 commandements, dont le premier et le plus important est « Tu ne tueras pas ». Paul quant à lui voulait écraser les chrétiens qu’il méprisait profondément. Pourtant, c’est lui qui fut désigné par l’Esprit Saint pour remplacer Judas parmi les 12 disciples de Jésus.

 

Malheureusement, l’enseignement transmis par l’église traditionnelle est souvent si éloigné de la vérité, que l’on peut se demander si ce n’est pas la preuve d’une bonne santé mentale que de s’en détourner. Mieux vaut ne rien manger, que de manger une nourriture empoisonnée ! Dans les évangiles, Jésus déclare :

« Nombreux sont ceux qui viendront vers moi après leur mort et qui diront : « Regardes Jésus comme j’ai été un bon chrétien durant ma vie ! ». Et je leur répondrai : « Partez loin de moi ! Car en réalité vous ne me connaissez pas, et je ne vous reconnais pas comme mes disciples. »

 

On peut se demander, si Dieu est infiniment bon, infiniment intelligent, infiniment fort, etc, pourquoi est-ce que la souffrance existe ?

Imaginons que Dieu enlève la souffrance de notre monde, que se passerait-il ? Déjà, il n’y aurait plus de médecins, de psychologues, etc, puisque le rôle de ces gens est de soulager la souffrance. Comme le fait de devoir travailler pour obtenir de quoi manger est une souffrance, Dieu ferait en sorte que nous n’ayons plus à nous alimenter, et donc les agriculteurs, les éleveurs, etc, disparaîtrait. Comme le fait de devoir apprendre à marcher, à parler, à lire, etc, est une souffrance, Dieu ferait en sorte que les enfants sachent faire ces choses instinctivement, dès la naissance. Conséquence : les écoles et les enseignants deviendraient inutiles. Prenons encore l’exemple des films : qui voudrait payer pour aller au cinéma voir un film policier où tout le monde est gentil, où tout se passe bien pour tous du début à la fin ? Personne ! Et donc finalement, même les arts et le spectacle disparaîtraient. En résumé, si la souffrance n’existait pas, c’est tout notre monde qui n’existerait pas !

(Il existe des gens qui sont atteints d’une maladie rare, qui fait qu’ils sont sensibles au contact, mais pas à la douleur. Lorsque des enfants en sont atteints, il n’est pas rare que ceux-ci se tranchent le bout de la langue, ou s’entaillent profondément les lèvres, juste pour jouer. Ces gens ont une vie particulièrement difficile, ont tendance à se blesser régulièrement, et ont du mal avoir une vie normale. A la base, la douleur n’est ni bonne ni mauvaise ; c’est juste une information).

 

La base de l’enseignement traditionnel bouddhiste est constituée par les 4 Nobles Vérités, où le Bouddha historique explique la nature de la souffrance, l’origine de la souffrance, la possibilité de mettre fin à la souffrance et la voie qui mène à la cessation de la souffrance. De plus le Bouddha dit que tout son enseignement peut être résumé ainsi :

« Je n’enseigne que ce qu’est la souffrance et la voie qui conduit à l’absence de souffrance ».

Au contraire, dans l’enseignement chrétien traditionnel, on peut trouver des affirmations qui semblent apparemment s’opposer aux affirmations citées précédemment. Comme Sainte Thérèse d’Avila, fondatrice de l’ordre des carmélites, qui disait pouvoir résumer tout son enseignement ainsi :

« Que Dieu me donne de grandes morts et de grandes souffrances ! ».

 

Et Padre Pio, canonisé récemment, qui disait : 

« Je souffre, et je voudrais souffrir encore plus ! »

 

Mais peut-être que la contradiction n’est qu’apparente. En effet, comme l’a expliqué A. Desjardins, lorsque nous souffrons, nous essayons de fuir, de nous protéger de cette souffrance. Cette tentative de fuir la souffrance engendre une nouvelle souffrance et ainsi de suite. Nous souffrons de souffrir de souffrir de… Pour casser ce cercle vicieux, il suffit de dire « oui » à la souffrance, qui ainsi disparaît d’elle-même. Comme l’a déclaré Jésus:

« Si tu connaissais la souffrance, tu posséderais l’absence de souffrance. Connais la souffrance et tu posséderas l’absence de souffrance. »

 

On peut donc considérer que Bouddha parle du but : l’absence de souffrance ; tandis que Saint Thérèse parle du moyen d’arriver au but : dire "oui" à la souffrance. Jésus a été crucifié car son enseignement était scandaleux :

« Le scandale de Jésus Christ est que le moyen de mettre fin à la souffrance passe par la souffrance ; le moyen de mettre fin à la mort passe par la mort. Si vous voulez trouver la paix qui surpasse tout, embrassez la souffrance ; si vous voulez trouver la vie éternelle, mourez à vous-même » (Ravi Ravindra).

 

Dieu et nous, voulons la même chose : la vie, la paix, la joie, etc. Donc, Dieu et nous, sommes parfaitement en accord sur « le but ». Mais nous sommes parfaitement en désaccord sur « les moyens » d’atteindre ce but ! Nous voudrions que les moyens (ou le chemin) qui conduisent au but soient de la même nature que celui-ci. Mais dans la réalité c’est le contraire qui se produit ! Nous cherchons l’océan de lumière et parce que (et non pas malgré que) nous cherchons l’océan de lumière, nous nous retrouvons au cœur des ténèbres ! Comme cela nous est insupportable, chaque jours nous crucifions le christ dans notre coeur, c’est à dire que nous nourrissons le désir de détruire Dieu. La crucifixion de Jésus il y a 2000 ans n’est que l’extériorisation de cela.

En résumé, le Bouddha parle du but : être en bonne santé ; tandis que Jésus parle du moyen d’atteindre le but : absorber un médicament. Etre en bonne santé signifie être équilibré, être malade signifie être déséquilibré et un médicament est une substance qui déséquilibre. Si je suis malade, disons par exemple que je suis constipé, cela signifie que je suis déséquilibré dans un sens. Je prends alors un laxatif qui me déséquilibre dans l’autre sens. Résultat : je retrouve l’équilibre, la santé. Si l’on considère que ce qui rend malades les occidentaux est l’excès de jouissance, tandis que ce qui rend malades les orientaux est l’excès de souffrance, les doctrines des chrétiens et des bouddhistes cessent d’être contradictoires. Rechercher la jouissance et fuir la souffrance est une attitude extrême (l’extrême classique des gens non-religieux), rechercher la souffrance et fuir la jouissance est une autre attitude extrême (l’extrême classique des gens religieux). Le Bouddha enseigne la voie du juste milieu qui consiste à abandonner ces 2 attitudes extrêmes. Il y a une donc une symétrie entre l’enseignement bouddhiste et l’enseignement chrétien.

Le bouddhisme tend à diviniser l’humain ; le christianisme tend à humaniser le divin. Dans le bouddhisme, c’est l’homme qui devient Dieu ; dans le christianisme, c’est Dieu qui devient homme.

 

Mais aimer la souffrance, dire "oui" à la souffrance, en sommes-nous capables ? En fait, je crois que le petit Xavier n’est pas capable de faire cela, qu'il n’a jamais eu ce pouvoir et ne l’aura jamais. Seul le divin peut faire cela, seul le divin est capable d’être confronté à une situation douloureuse sans que celle-ci lui paraisse problématique, ou d’être confronté à une situation agréable sans éprouver de l’attachement. Il faut donc que ce produise une inversion : il faut que le petit Xavier passe au second plan, qu’il cesse de vouloir « tenir les rennes », qu’il cesse de vouloir diriger ce corps et cet esprit, et que ce soit le divin qui passe au premier plan, que ce soit lui qui agisse en fonction de la situation en dirigeant ce corps et cet esprit. Il faut que ce soit non plus le petit Xavier l’acteur et Dieu le spectateur (ou le témoin), mais qu’au contraire ce soit Dieu l’acteur et le petit Xavier le spectateur (ou le témoin).

 

Maintenant, nous pouvons nous demander : comment faire pour provoquer cette inversion ? La réponse est que l’on ne peut rien faire pour la provoquer, on peut seulement faire quelque chose pour l’empêcher ! Si nous sommes dans notre bain, que pouvons nous faire pour que la surface de l’eau devienne lisse et calme ? Justement, rien. Plus nous nous agitons, plus la surface de l’eau devient agitée ; tandis que si nous ne faisons rien, petit à petit la surface s’apaise et devient lisse comme un miroir. Et pourquoi nous agitons-nous, pourquoi nous débattons-nous, quelle est la racine de ce comportement névrotique source de toutes nos souffrance et de toutes nos insatisfactions ? C’est la croyance selon laquelle c’est à nous de diriger ce corps et cet esprit, qu’ils nous appartiennent. D’où nous vient cette prétention, cet orgueil, de penser que ce corps et cet esprit que nous n’avons pas créé sont à nous, que nous en sommes les possesseurs ? Quoi qu’il en soit, c’est cet orgueil qui est la base tous nos maux. Selon maître Eckhart :

« Personne ne fait l’expérience de l’enfer ; c’est uniquement notre orgueil qui fait l’expérience de l’enfer. »

 

Donc, il faut qu’un double mouvement se produise : que Xavier passe au second plan et que le divin passe au premier plan. Le divin est toujours d’accord de passer au premier plan ; c’est Xavier qui n’est pas toujours d’accord de passer au second plan ! Donc, si nous souffrons, ce n’est pas le divin qui en est responsable. Le responsable, c’est nous-mêmes, c’est le fait que nous accrochions pour rester au premier plan, pour commander à ce corps et cet esprit. Précisons qu'il s’agit évidement d’arrêter de se débattre et de s’agiter sur un plan intérieur, au niveau de l’esprit, et non pas sur un plan extérieur, au niveau du corps. Nous ne pouvons pas conserver l’orgueil qui consiste à nous croire les possesseurs de ce corps et de cet esprit, et espérer en même tant éviter de faire l’expérience de la souffrance. Nous ne pouvons pas avoir le beurre et l’argent du beurre !

 

En fait, tous nos soucis viennent du fait que nous cherchons la jouissance, le confort, un « petit » bonheur, au lieu de rechercher ce dont nous parle la Bible : la joie qui ne décroît jamais, la paix inimaginable, la paix qui dépasse l’entendement. Nous recherchons un bonheur qui dépend de nos sens, alors que Dieu veut pour nous un bonheur qui ne dépende que de Lui-même. Nous recherchons un bonheur bas de gamme, alors que Dieu veut pour nous un bonheur haut de gamme !

Voilà pourquoi il y a une sorte de guerre entre Dieu et nous : nous sommes comme un petit enfant qui résiste à son père, se met en colère contre lui, car il veut manger du chocolat et son père refuse de lui donner autre chose que de la soupe ! Alors le petit enfant pleure et crie. Dans cette « guerre », qui va finir par céder ? Le père ou le petit enfant ? Dieu, qui est éternel et hors du domaine de la souffrance, ou nous, qui sommes mortels et soumis à la souffrance ?