LA LIBERTE DE L'ESPRIT

 

 

Maintenant, je voudrais dire quelques mots pour parler de ce qu’est la liberté.

Quand je suis en montagne, sur un chemin balisé, je n’ai aucune liberté : quand le chemin tourne à droite, je suis obligé d’aller à droite, quand le chemin tourne à gauche, je suis obligé d’aller à gauche, quand le chemin monte, je suis obligé de monter, etc. Si j’arrive sur un névé ou dans un pierrier, et qu’il n’y plus aucune marque pour indiquer la direction à suivre, je suis perdu. Ce qui signifie que la vraie liberté, c'est n’avoir qu’un seul et unique chemin à suivre, la vraie liberté c'est quand il y a une et une seule voie à suivre ! Quand on peut aller dans toutes les directions on est perdu…

Les gens ordinaires pensent : aujourd’hui je suis pauvre, malade, isolé, etc, c'est pour ça que mon cœur n’est pas en paix. Je vais suivre un chemin, et plus tard, quand j’aurais atteint la destination – la richesse, la santé, pleins d’amis, etc – tout ira bien.

Les gens religieux pensent : aujourd’hui je suis ignorant, impur, névrosé, imparfait, etc, c'est pour ça que mon cœur n’est pas en paix. Je vais suivre un chemin, et plus tard, quand j’aurais atteint la destination – l’éveil, le royaume, la pureté, etc – tout ira bien.

Mais tout ça, c'est une farce ! Depuis notre naissance, nous sommes dans un état de rêve, notre esprit est constamment halluciné. Il est possible de rêver que je suis pauvre, malade, etc, mais la pauvreté, la maladie, l’ignorance, la névrose, etc, ces chose sont en fait irréelles… seul celui qui rêve – l’esprit – est réel. Il est aussi possible de rêver que je suis riche, bien portant, etc, ou encore que je suis éveillé, purifié, etc, mais encore une fois la richesse, la santé, l’éveil spirituel, la pureté, etc, c'est choses n’existent pas véritablement… seul celui qui rêve – l’esprit – est réel.

Atteindre le paradis, l’éveil, la vie éternelle, etc, c'est faire un beau rêve ! Etre prisonnier de l’enfer, de l’ignorance, soumis à la souffrance et à la mort, etc, c'est faire un cauchemar ! Et il existe effectivement un chemin pour passer d’un cauchemar à un beau rêve : c'est la pratique du dharma, de la religion, autrement dit faire le bien et s’abstenir de tout mal. Mais ce chemin est lui aussi totalement onirique, dépourvu d’existence véritable.

 

Qu’est-ce que cela signifie ?

 

Que la vie c'est un jeu. Le but du jeu, c'est effectivement d’atteindre l’éveil, le nirvana, la pureté, etc. Mais croire que si je gagne je dois être heureux, tandis que si je perds je dois être malheureux, ça c'est totalement faux. Le vrai bonheur, c'est pas le fait de gagner, c'est simplement le fait de jouer. Le vrai bonheur, c'est pas le fait de faire l’expérience de la lumière plutôt que l’expérience de l’obscurité, c'est simplement le fait de faire l’expérience de quelque chose. Le vrai bonheur, c'est pas le fait d’être ceci plutôt que cela, c'est simplement le fait d’être, d’exister, peu importe sous quelle forme. Bien sûr il faut faire des efforts pour atteindre l’éveil, le Royaume de Dieu, le sommet de la montagne, et bien sûr quand on y arrive on est bien content. Mais le vrai but de l’ascension c'est pas de « conquérir » un sommet, c'est simplement de faire l’expérience du voyage. Comme je l’ai dit précédemment, la souffrance n’existe pas, et encore moins l’absence de souffrance, autrement dit il n'y a pas de bonheur dualiste ; mais il faut faire comme si cela existait ! Pourquoi ? parce que dans une journée il y a 24 heures, et qu’il faut bien faire quelque chose pour s’occuper. Et comme le savent tous les enfants, le meilleur moyen pour occuper notre temps, c'est de jouer. Dans ce sens, pourquoi ne pas faire semblant que le mal-être existe, que le bien-être existe, et qu’il existe aussi un chemin pour passer de l’un à l’autre.

« Il n’y aucun chemin qui conduise au bonheur ; le chemin c’est le bonheur » (déclare Bouddha).

La compréhension de ce point est essentielle ! Comment pourrait-il exister un chemin qui conduise au Rêveur, à notre nature véritable ? Comment pourrait-il exister une méthode pour revenir à ce que je suis ?

La voie progressive consiste à baser son bonheur sur la santé, la richesse, l’éveil, la sainteté, etc. La voie progressive nous permet d’obtenir le bonheur… mais plus tard, plus loin ! Il faut d’abord parcourir le chemin !

La voie immédiate consiste à baser son bonheur sur ce qui est, le réel. La voie immédiate consiste à réaliser ce que nous sommes ; et il est évident que cette réalisation ne peut avoir lieu que ici et maintenant. Il n’y a aucun chemin à suivre pour réaliser (ce) que je suis. Ainsi, la voie immédiate nous permet d’obtenir le bonheur non pas plus tard et plus loin, mais ici et maintenant. C'est donc pour ça que on l’appelle la voie « immédiate » !

 

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Le but de la voie progressive c'est d’arriver à manifester notre vraie nature, constamment. Il s’agit donc de détruire de manière définitive les émotions négatives et leurs causes, puisque c'est la peur, la colère, le découragement, etc, qui sont les nuages qui empêchent le soleil de notre varie nature de briller.

Mais le but de la voie immédiate, c'est simplement de se souvenir de notre vraie nature… en effet les nuages que sont les émotions perturbatrices sont problématiques pour ceux qui s’identifient à la terre, pas ceux qui s’identifient au soleil !

Ceux qui s’attachent à la voir progressive sont comme des petits enfants qui croient que le Père Noël (Dieu) et le Père Fouettard (Diable) existent vraiment, ainsi que leurs royaumes respectifs ! Au contraire, ceux qui s’attachent à la voie immédiate sont des « âmes évoluées, adultes ». Pour celui qui a réalisé la voie immédiate, peu importe le fait de jouer le rôle d’un saint ou d’un névrosé, car cette personne est totalement détachée du rôle qu’elle joue. Et étant totalement détaché du rôle qu’elle joue, elle joue son rôle à la perfection ; comprenne qui pourra !

Il arrive parfois que Dieu fasse en sorte que nous ne voyons aucun chemin sur lequel nous puissions avancer. Comme si Dieu, le Guide Suprême, nous avait abandonné… Cela nous afflige, nous sommes rongés par les émotions négatives, nous pensons que nous avons fait quelque chose de mal ou de faux pour être dans cette situation, et la culpabilité ne nous laisse quasiment pas de répit, détruisant lentement notre corps et notre esprit…

Mais il s’agit là d’une interprétation erronée de la situation. Ce sentiment d’insatisfaction quasiment permanent auquel Dieu nous confronte nous pousse à nous dépasser, à nous élever, etc. Si Dieu fait en sorte que en tous lieux, tout le temps, nous subissions ce sentiment d’impuissance, d’insatisfaction, etc, c'est pour que nous pousser à cesser de chercher le bonheur dans le monde – le monde extérieur, le monde ordinaire – et nous inciter à rechercher le bonheur à l’intérieur de nous-mêmes, à rejoindre notre nature véritable.

« Je vous apporte la paix. Mais la paix que je vous donne, ce n’est pas celle que le monde vous donne. Ma paix, mon royaume, etc, ne dépendent pas du monde ». (Jésus).

Et Jésus disait aussi à ses disciples :

« Le Royaume de Dieu est en vous ; si le Royaume est dans le ciel, alors les oiseaux en sont plus proches que vous ! »

Et encore :

« Cherchez d’abord le Royaume de Dieu, et tout le reste vous sera donné en plus ! »

Quelle est la nature de ce que je suis ?

C'est tout ce que je vois, tout ce que j’entends, tout ce que je touche, tout ce que je sens, tout ce que je goûte, et tout ce que je pense. Il ne faut pas la chercher très loin, car nous sommes constamment immergés en elle.

Puis-je faire l’expérience de ce que je suis ?

Dans un premier temps, je répondrais non. Il est impossible de faire cette expérience. En effet QUI pourrait faire l’expérience de ce que je suis, si ce que je suis est tout ? Normalement, pour pouvoir faire l’expérience de quelque chose, il faut exister séparément de cette chose, il faut être hors de cette chose, à l’extérieur. Pour voir une montagne, il faut être hors de cette montagne ; si je suis dans une grotte à l’intérieur de la montagne, je ne peux pas voir cette montagne !

La seule chose qui pourrait faire l’expérience de ce que je suis… c'est ce que je suis ! Il s’agit donc là d’une expérience très particulière. En effet, dans une expérience classique, il y a 3 pôles :

1)     celui qui fait l’expérience, moi.

2)     ce dont je fais l’expérience, qui n’est pas moi.

3)     la relation entre 1 et 2.

Mais là, dans l’expérience de ce que je suis, il n’y a plus 3 pôles, ou disons plutôt que c 3 pôles ne forment plus qu’un. Comme il s’agit d’une expérience très particulière et très subtile (techniquement on appelle ça une expérience non-dualiste, puisqu’elle transcende la dualité entre ce que je suis et ce que je suis pas), les bouddhistes ne l’appellent pas « expérience », mais « réalisation ». L’expérience a un caractère passager, éphémère et conditionné ; tandis que la réalisation est quelque chose de stable, de durable et d’inconditionné. En résumé, je ne peux pas faire l’expérience de ce que je suis, je ne peux pas voir ce que je suis, ni avoir une relation avec ce que je suis, ni décrire ce que je suis ; je peux que être ce que je suis…

Voici, selon les bouddhistes, les obstacles qui nous empêchent d’accéder à la réalisation :

« La réalisation est trop proche de nous pour l’on puisse la voir.

La réalisation est trop simple pour que l’on puisse la comprendre.

La réalisation est trop merveilleuse pour que l’on puisse y croire. »

Notre pauvre esprit est sans en quête de l’expérience idéale, l’expérience qui va enfin le rendre complet et lui enlever toute impression de manque. Mais hélas notre pauvre esprit ne comprend pas que cette quête de l’expérience idéale, parfaite, est une quête sans fin, une quête insensée, qui l’oblige à se projeter constamment dans l’avenir, puisque évidement cette expérience idéale aura lieu plus loin dans le temps et dans l’espace, et pas ici et maintenant puisque, notre esprit en est convaincu, les conditions actuelles ne permettent pas d’avoir cette fameuse expérience…

De plus, les expériences sont toujours soit bonnes soit mauvaises (ou neutres). La réalisation par contre se situe au-delà du bien et du mal, au-delà du gain et de la perte. Mais l’immense majorité des gens ne recherchent pas la réalisation, mais des expériences, et des expériences « positives », pas des expériences « négatives » bien sûr ! Et l’ego considère que tout ce qui augmente son pouvoir est positif, et que tout ce qui diminue son pouvoir est négatif. Si nous gagnons une grosse somme d’argent par exemple, notre esprit considère cela comme une expérience positive car cela augmente le pouvoir de l’ego ; la maladie est mauvaise car elle diminue le pouvoir de l’ego. Mais pour des raisons logiques et évidentes, le pouvoir de l’ego ne peut augmenter à l’infini. Au plus tard au moment de notre mort, nous verrons nos forces décliner, et le pouvoir de notre ego sera réduit à néant…

En fait la réalisation est là, sous nos yeux, elle ne nous a jamais quitté. Ce qui nous empêche de la voir, c'est l’expérience, ou plus exactement notre soif d'avoir des expériences. Ce qui bloque le pouvoir de ce que je suis, c'est l'attachement aux différents personnages qui sont en nous, et aux différents rôles que nous avons l'habitude de jouer.

Un peu comme notre attachement au film sur l’écran télé nous empêche de voir l’espace, la pièce où nous sommes et le monde réel qui se déploie à l’infini. Cela explique pourquoi il est si difficile de parvenir au réel sans souffrir, en ayant une vie facile et sympa ; en effet, un film glauque voir effrayant, qui provoque en nous le dégoût, c la seule chose qui peut vraiment nous pousser à détourner notre regard de l’écran pour revenir à la réalité.

 « Chaque jour je m’étonne de ceci : comment cet être qui EST peut exister dans un tel néant ! » (Jésus).

Quand j’étais enfant, peut-être vers 7-8 ans je sais pas, je percevais souvent le monde y compris moi-même comme ayant la nature du rêve... Et un jour j’ai pensé ceci : « Si tout est un rêve, y compris moi-même… alors quelque part il doit bien y avoir un Rêveur, quelqu’un ou quelque chose à l’origine de ce grand rêve que l’on nomme « la vie » ! » Puis j’ai senti que la nature de ce « Rêveur » n’avait sûrement strictement rien à voir avec tout ce dont on fait l’expérience normalement dans la vie de tous les jours… J’ai senti que j’avais une immense envie de connaître la nature du Rêveur… Et une peur bien plus grande encore de la connaître ! Je sentis intuitivement que cela me remettrais tellement en question que j’ai en quelques sorte été paniqué et immédiatement j’ai arrêté de penser à ça, et mon esprit est revenu à l’ordinaire…

Je réalise maintenant que le Rêveur et le rêve ne sont pas séparables, de même que le miroir et le reflet, ou que l’écran et l’image qu’il produit, ne sont point séparables. Précisons bien les choses : le Rêveur c'est celui qui perçoit, autrement dit Dieu, l’esprit, et il existe de manière absolue.  Le rêve c'est le fait de percevoir des choses, des gens, des formes, des couleurs, etc. Et le rêve existe vraiment, en effet, si une personne dort puis se réveille et dit j’ai rêvé de ceci et de cela, il n’est pas correct de lui dire « non, ton rêve n’a pas eu lieu ». Mais ce que nous percevons, autrement dit ce dont l’esprit rêve n’a par contre absolument aucune existence. Moi, les autres, les montagnes, les rivières, etc, tout ça n’existe pas en soi, indépendamment de nous; ce qui existe vraiment c'est la perception de toute ces choses. En résumé, les gens ordinaires ne perçoivent que la moitié de ce qui peut être perçu : ils ne perçoivent que le rêve, ils ne perçoivent pas le Rêveur. Et même le rêve, ils ne perçoivent pas sa nature onirique, ils croient que tout ce qu’ils voient existe réellement, solidement, indépendamment d’eux.

Imaginons un Prince qui possède un grand royaume. Un jour ce prince fait une chute alors qu’il est seul à cheval… Il se relève, indemne mais amnésique… Il parvient à la ville, et comme ses habits sont déchirés et couverts de boue, il se retrouve naturellement parmi les mendiants et les éclopés… les années passent… il mène une vie dure, comme les sdf aujourd’hui, confronté au froid, à la faim, et aussi à la solitude et au mépris des bourgeois et des gens « convenables »… son rêve le plus fou - qui le comblerait pense-t-il - serait d’avoir un travail simple, comme domestique de maison par exemple, pour ne plus souffrir de la faim, du froid, etc. Et puis, un jour, sans que l’on vraiment sache pourquoi, il se souvient ! Il se souvient de sa vraie nature, de son origine ! Il se souvient qu’il est le fils d’un Grand Roi, régnant sur un vaste royaume ! Et que par son sang royal, il est appelé à hériter de ce royaume ! Et que ici et maintenant, il y a une grande suite magnifiquement décorée, dans le palais royal, et que c la sienne ! Que si il franchissait la porte du palais, des dizaines de serviteurs seraient là pour le servir !

Alors il ne sait pas trop quoi faire… il aimerait vraiment quitter sa vie de mendiants, ne plus souffrir tellement… mais l’alternative – retourner au palais royal – est trop folle, trop sublime, trop élevée… c serait trop fou, insoutenable… cela tuerait son cœur, comme cela tuerait un africain qui souffre de la famine depuis des années et qui aurait soudain la possibilité d’aller au Mac Do manger un menu particulièrement calorique !

Voici ci-dessous une image de la Vierge (je l’ai faite à l’église de Caux, qui est située à un peu plus de 1000m. d’altitude, au-dessus de Montreux et du Lac Léman) voir la Photo en bas.

J’ai un peu l’impression que ce n’est pas une sculpture de la Vierge, mais la Vierge elle-même ! Bref, je sais pas pourquoi, mais cette sculpture m’inspire bien… J’ai l’impression qu’elle me dit un truc du genre :

« Tu ne sais pas qui tu es

Tu ne sais pas où tu es

Tu ne sais pas ce que tu dois faire

Tu ne sais pas quel chemin suivre

Tu ne comprends pas le sens de ce que tu vis !

Tu es constamment en train de fuir,

Mais en fuyant la réalité c'est toi-même que tu fuis !

 « Je n’ai pas pris le bon chemin, je ne suis pas là où je devrais être, etc »

C'est cette pensée qui provoque la douleur.

Tout chose se manifeste de manière spontanée

Personne n’a pouvoir sur rien, reconnais-le !

Croire que l’on a le pouvoir de faire le bien et d’éviter le mal

C'est là la racine du péché…

Quelqu’un peut-il  décider quelle sera sa première pensée demain au réveil ?

N’essaie pas de contrôler quoi que ce soit

Vouloir améliorer quoi que ce soit est un blasphème !

Cela sous-entend que ce que Dieu créé est imparfait…

Arrête de faire semblant de savoir ce qu’est la vie

Arrête de t’identifier à ce rôle que tu joues

Abandonne !

Lâches prise !

Arrête de te protéger !

Ta protection te tue petit à petit…

Elle est si lourde

Elle t’empêche de respirer, de te redresser et d’avancer !

Regardes-moi !

Mes mains sont ouvertes

Je ne résiste jamais à la réalité, au courant de la vie

Dans mon cœur, je dis toujours oui !

Abandonne toute  lutte !

Depuis que tu es né

Tu essaies d’y arriver à ta manière ;

Et depuis que tu es né

Tu échoues chaque jour que Dieu fait !

Aimer ne demande aucun effort, car cela nous est naturel ;

Ne pas aimer t’épuises, car cela n’est pas en accord avec ta vraie nature.

Dans ces conditions pourquoi continuer à se fatiguer ?

Tu rates ton but  continuellement 

Car tu penses que tu es L’ACTEUR

Et que c'est Dieu LE SPECTATEUR ;

C'est là la racine de tout mal…

Abandonne donc cette vision fausse

Et surtout…  inverses-toi !

Laisses donc le Divin passer au premier plan !

(voir la Photo 7, photo prise à l’église de Bex).

J’ai envie de conclure ce chapitre avec cette citation tiré de « L’Hymne à Isis » ( IIIè siècle ap. J.-C., découvert à Nag Hamadi), mais qui pourrait selon moi très bien s’appliquer à Marie :

Parce que je suis la première et la dernière

Je suis la vénérée et la méprisée

Je suis la prostituée et la sainte

Je suis l'épouse et la vierge

Je suis la mère et la fille

Je suis les bras de ma mère

Je suis la stérile et mes enfants sont innom­brables

Je suis la bien mariée et la célibataire

Je suis celle qui donne le jour et celle qui n'a jamais procréé

Je suis la consolation des douleurs de l'enfan­tement

Je suis l'épouse et l'époux et c'est mon homme qui m'a créée

Je suis la mère de mon père

Je suis la soeur de mon mari et il est mon fils rejeté

Respectez-moi toujours

Car je suis la scandaleuse et la magnifique