LE POUVOIR DE L’ESPRIT 

 

La vie est un jeu ; un jeu dont le but est précisément de découvrir ce qui est en train de se jouer ici et maintenant !

 

 

La plupart des gens sont, je pense, conscients qu’il y a un certain disfonctionnement en eux, que tout n’est pas parfait en ce qui les concerne. Certaines personnes – sous l’effet de la colère, ou d’autres émotions négatives, par exemple –  peuvent dire des choses qu’elles ne pensent pas vraiment, et le regretter ensuite. Pour la plupart des gens, le bonheur, c'est de ne plus être esclave des émotions négatives : la peur, la colère, la tristesse, l’ennui, le doute, etc. Ils pensent que leur cœur sera en paix quand ces émotions négatives ne surgiront plus en eux. Et pour que leur cœur soit enfin en paix et que ces émotions douloureuses ne se manifestent plus, il faut détruire les causes qui les font se manifester. Si par exemple j’ai peur pour mon avenir, car ma situation financière est précaire, alors j’imagine que d’une manière ou d’une autre je gagne une grosse somme d’argent, et que quand j’aurais enfin cette grosse somme d’argent, je n’aurai plus peur, je ne souffrirais plus. Bref, ce qui résume cette façon de voir, c'est quand j’aurais enfin les causes du bonheur (une bonne situation financière, une relation sans nuage avec les membres de ma famille, les amis, etc, une santé excellente, un corps de rêve, un conjoint qui me comprend parfaitement, etc, etc) je ne souffrirais plus.

Cette attitude, cette manière de fonctionner, nous paraît non seulement normale, mais légitime. Ce que nous ne réalisons pas, c'est que nous sommes victimes d’une sorte d’hallucination collective. Il est vrai que les émotions négatives dont j’ai parlé pervertissent l’esprit à un certain niveau ; mais il existe une autre perversion de l’esprit, un autre type de malfonctionnement qui agit à un niveau beaucoup plus profond et fondamental.

Les émotions négatives nuisent à « l’écorce » de l’âme, et encore, c'est seulement à certains moments, car les émotions n’ont pas pouvoir sur nous constamment (Dieu merci !). Par contre, il y a un type de perversion qui agit de manière constante en nous, depuis notre naissance, et qui à chaque instant altère et rend malade, non pas la partie la plus superficielle de notre âme, mais son intérieure, sa moelle, son essence. Cette perversion c'est l’ignorance de ce que nous sommes, l’ignorance de la nature de notre propre esprit.

Quelle est votre vie ? Si on pose cette question aux gens ordinaires, ils répondent un truc du genre « J’ai tel âge. Je suis né dans tel pays. J’ai été quitté mes parents à tel âge… j’ai eu mon bac avec tel note… etc. » Mais en disant cela, les gens disent ce qui est arrivé à leur corps, il raconte l’histoire de leur corps… ils ne parlent pas du tout de leur esprit ! Bref, chacun sur cette terre se comporte comme si l’esprit n’existait pas et que seul le corps existe, comme si l’être n’existait pas et que seul l’avoir existe !

 

pouvoir de création de notre esprit

 

Parlons des émotions. Depuis notre naissance, nous avons continuellement des pensées, des émotions, des sensations, etc. Depuis notre naissance, nous avons expérimenté une multitudes d’émotions : le désir, la peur, la colère, le doute, le contentement, le courage, l’ennui, la joie, etc. En fait c'est comme si nous étions un paquet d’émotions, « une boule d’émotions ». Eh oui, c'est la vérité, notre cœur et notre esprit s’identifient complètement à cette boule faite d’émotions, de sensations et de pensées . Nous croyons que nous sommes cette boule, que cette boule c'est notre vie !

Essayons maintenant de voir et de définir ce qu’est une émotion, une expérience. Une émotion négative, comme la peur, par exemple, c'est ni plus ni moins qu’une projection qui engendre une impression. La projection, c'est une pensée qui apparaît dans notre tête. Ex : je reçois une facture imprévue et je pense « ce mois, je vais jamais arriver à m’en sortir ». Consécutivement, je ressens une impression qui apparaît dans le ventre et envahit tout le corps. Cette  impression est liée à une crispation, un état de tension qui affecte notre corps. Mes muscles se tendent, notre souffle devient court, comme si on j’étais sur le point d’étouffer, etc.

C'est exactement ce mécanisme qui est à l’œuvre pour une émotion positive. Je pense par ex « ouais, je me suis super bien débrouillé sur ce coup là ! ». Il s’agit d’une projection positive qui va engendrer une impression positive. C'est le même mécanisme mais qui va dans le sens inverse du précédent : mes muscles se détendent, mon souffle redevient paisible, j’ai l’impression que le sang se remet à circuler dans mes veines, etc.

Le but de la religion et de la psychologie, c que les gens soient heureux et qu’ils ne souffrent pas. Pour atteindre ce but, c'est très simple ! Il suffit d’abandonner les projections (donc les pensées) négatives et de ne garder que les positives, et ainsi je n’aurais que des impressions positives, ma vie sera une boule d’impressions positives, une « bonne » boule, par opposition à une « mauvaise » boule composée de ressentis négatifs (peur, découragement, frustration, etc). Ce serait super ! Et pour y arriver, les religions et les thérapeutes ont développés au cours des siècles des tonnes de méthodes diverses et variées pour arriver à ce résultat : méditation, visualisation, thérapie par les plantes, par les pierres, par les sons, par les couleurs…

Mais la grande question que tout le monde devrait se poser et que personne ne se pose, c'est « qu’est-ce qui se passerait si je regardais la réalité sans rien projeter dessus ? Quelle impression ressentirais-je ? ».

Depuis le matin jusqu’au soir et même en dormant, je suis dans le cycle projection-impression. Dès le réveil, j’ai une impression… cette impression engendre une projection… qui va engendrer une nouvelle impression, qui va engendrer une nouvelle projection, etc, etc. Si nous regardons notre vie, nous pouvons voir que jamais nous ne sortons de ce cycle projection-impression.

La question essentielle, c'est donc de savoir ce qui se passerait si j’arrêtais ce mécanisme projection-impression, un peu comme on arrête un ordinateur fou en débranchant simplement la prise… Que ce passerait-il, comment apparaîtrait la réalité ?

En effet tout le monde sait très bien la nature de ce qu’il expérimente sur cette terre ; mais personne n’a aucune idée sur la nature de « celui » qui fait tel ou tel expérience. Nous savons que nous avons fait l’expérience du bonheur et de la souffrance, du désir et du manque, du chaud et du froid, etc. Mais avons la moindre idée de la nature de celui qui fait ces expériences, autrement dit de la nature de notre propre esprit ?

La réponse c'est « non ». Nous savons où notre corps est né, à quel date, etc, etc ; mais savons-nous quand notre âme est née, où notre propre esprit est apparu et dans quelle condition ? Non, nous ne savons rien sur notre propre âme, notre propre esprit, bref, sur ce que nous sommes. Tout ce que nous savons concerne notre corps, autrement dit notre monture, notre véhicule.

Et en vérité la situation est encore pire, puisque non seulement nous ne savons rien sur nous-même, sur notre esprit, mais surtout nous n’essayons pas de le savoir – peut-être même cette question nous paraît bizarre et insensée – tellement nous sommes identifiés à ce que nous ne sommes pas (1).

Nous croyons que nous sommes notre corps, que nous sommes le mécanisme projection-impression, que nous sommes une boule d’émotions, que nous sommes notre passé. Bref, notre malheureux esprit s’identifie tellement aux phénomènes, qu’il croit fermement être un phénomène. Pour prouver que l’esprit n’est pas un phénomène, c'est très simple : aucune pensée, aucune projection, aucune impression, aucune peur, aucun espoir, n’est conscient d’exister ; seul notre esprit qui fait l’expérience de tout ça est conscient d’exister, ce qui prouve que notre esprit n’est pas un phénomène…

Maintenant se pose évidement la question : quelle est la nature de ce qui est ?

Pour répondre à cette question, je parlerais brièvement de mon enfance. Parfois, j’avais l’impression en regardant le monde qui m’entourait, qu’il y avait quelque chose au-delà de ce que mes yeux voyaient. Quelque chose de complètement fou, d’inimaginable, d’incroyable, mais ce quelque choses était aussi pour moi totalement indéfinissable et insaisissable. Ce quelque chose était extrêmement subtil, à tel point que je ne pouvais dire si cette chose existait ou n’existait pas. Pourtant je sentais bien ce quelque chose m’attirait plus que tout, plus que toutes le joies du monde. Situation paradoxale : le truc qui touche le plus mon cœur est si subtil que je ne sais même pas si il existe vraiment ou non !

Comme je ne pouvais pas définir ce truc, je l’ai appelé le « ça » ou « Cela ».

Et en fait, je crois que ce truc, « Cela », la nature de l’esprit… En fait, tous les phénomènes sont illusoires ; je dis qu’ils sont illusoires, pas qu’ils n’existent pas. Ils sont comme un mirage dans le désert, le mirage existe vraiment, mais il est illusoire dans le sens qu’il n’est pas ce qu’il a l’air d’être. Autrement dit, ce que nous appelons « réalité » est illusoire. La vraie réalité, c'est ce mystère que les enfants perçoivent parfois, mais que tous les adultes ont oublié. Le monde visible est le reflet de la réalité; mais l’ambiance indescriptible dégagée par le monde visible, c'est ça la réalité. Nous avons tendance à croire que le réel est soit glauque soit sympa ; mais c'est nos projections sur le réel qui sont soit glauques soit sympas ! En fait, la réalité est au-delà du bien et du mal ; elle remplit tout mais ne dépend de rien, elle voit tout mais ne juge rien.

Ce sentiment - que nous avons peut-être éprouvé enfant – qu’il y a un mystère indicible ou une présence subtile caché en toute chose, ce ressenti est lié à l’impression que l’univers tout entier est vivant, conscient, habité par une présence aimante, que tout l’univers a été spécialement créé pour nous… C'est ça le « Dieu-Amour » dont nous parle Jésus. L’impression que la vie nous aime, que la vie a un sens, que c'est une chance pour nous d’exister ici et maintenant, c'est le bonheur véritable, dont nous avons peut-être déjà eu un aperçu. Dans cet état peu nous importe d’être riche ou pauvre, seul ou entouré, puisque dans cet état, chaque atome de l’univers semble chanter un hymne à la vie, chaque atome de l’univers révèle dans le silence la quintessence de tous les enseignements religieux…

Les aliments remplissent notre ventre, notre corps ; les connaissances remplissent notre tête, notre intellect. Mais il n’y a que l’amour qui puisse remplir notre cœur (2) ! C'est peut-être ça le sens du rituel chrétien le plus important, la "Communion", liée aux paroles que Jésus a prononcé : « Celui qui ne me mange pas ne pourra pas accéder à la Vie !». Absorber Dieu signifie donc dire « Oui » à Dieu dans son cœur. Cela signifie que symboliquement nous demandons que notre vue, nos sens et notre perception du réel soit identique à celle de Jésus Christ, nous demandons que nos pensées, nos paroles et nos actes aient la même qualité, la même pureté que ses pensées, ses paroles et ses actes, bref, d'être continuellement connecté à la même source que lui.

Mais pour que cela ait un sens il nous faut percevoir Dieu dans notre quotidien, ce qui n’est pas le cas pour la plupart d’entre nous… Il nous faut donc changer notre perception des choses, accéder à une perception plus élevée et plus authentique de ce qui est.

Lorsque « Dieu-Amour » n’est pas ou plus présent dans notre vie, cela créé un vide, un trou dans notre cœur. Et donc, quand cette nourriture nous fait défaut, ce trou, ce néant dans notre cœur tend à tout engloutir : notre monde, notre moi, notre vie… Cette impression d’être englouti par le néant, cette impression de manque dans le cœur, c'est ce qu’il y a de plus insupportable pour un être vivant ! Alors, pour échapper à cela, nous nous débattons autant que possible.  En résumé, c quand nous n’avons plus accès à l’amour universel, l’amour inconditionnel, l’amour divin, que nous commençons alors à rechercher l’amour humain, et c'est là que tous les problèmes commencent. En effet, pour obtenir l’amour humain – contrairement à l’amour divin qui est donné « gratuitement » - il faut remplir certaines conditions, il faut être beau, riche, bien portant, faire ce que les autres attendent de nous, il faut être au bon endroit au bon moment, etc ! Et si les conditions qui nous permettraient d’obtenir une reconnaissance, une impression d’amour de la part de notre mère, de notre père, de notre conjoint, de nos amis, de notre psy ou de notre guide spirituel, etc, ne sont pas réunies, alors notre vie devient un cauchemar et nous sommes alors ravagés par les émotions négatives. N’ayant pas pu obtenir ni l’amour divin, ni même l’amour humain, nous cherchons alors la jouissance, le plaisir, c'est-à-dire que nous cherchons à obtenir de l’amour de la part des objets inanimés. Et c'est à ce moment que l’on touche le fond, que ça devient vraiment pitoyable, quand par exemple certaines personnes vont s’accrocher à la nourriture et manger sans cesse pour combler leur manque d’amour, elles vont alors enfler, devenir obèses et mener une existence lamentable. D’autres vont s’accrocher aux drogues, à l’alcool, au jeu, à la télé, etc, pour « anesthésier » leur cœur et ne plus ressentir (ce manque d’amour), avec pour conséquence là aussi une existence lamentable. Il s’agit là d’une vie d’ennui au sens le plus profond, en effet l’expression « s’ennuyer » signifie littéralement « être un objet de haine pour soi-même ».

Bref, depuis que nous sommes sur terre, nous sommes prisonniers d’un cercle vicieux : plus nous fermons notre cœur, plus nous souffrons, et plus nous souffrons, plus nous fermons notre cœur… il s’agit donc maintenant d’inverser cette tendance ! L’impression de ne pas être aimé est liée selon moi à l’impression d’être victime de la malchance. Les personnes qui ont traversé de nombreuses épreuves dans leur vie ont souvent l’impression d’être victime d’une certaine malchance. Leur cri du cœur c'est « Pourquoi moi ?! ». Mais comme l’a dit Dalaï-Lama : « Personne n’est né sous une mauvaise étoile ; il y a seulement des gens qui ne savent pas lire la carte du ciel ! ».

Ce qui brise intérieurement les gens, ce n’est pas les épreuves qu’ils subissent ; c'est le fait de ne pas pouvoir donner un sens à c'est épreuves. Ne pouvant pas donner un sens aux épreuves qu’ils ont vécu, ils pensent « La vie est bête, méchante et injuste ! ». Et c'est cette pensée qui détruit les gens, pas les épreuves de la vie ! Pour donner un sens aux épreuves que nous avons traversées, nous devons comprendre que celles-ci nous ont permis de grandir intérieurement, d’évoluer, de développer des qualités comme : l’humilité, l’empathie envers ceux qui souffrent, la patience, la persévérance, etc. Prenons l’exemple d’une vertu essentielle à mes yeux : le courage. Est-il possible de faire preuve de courage si nous sommes dans une situation confortable et facile à vivre ? Bien sûr que non. Pour développer le courage, il faut être confronté à des situations difficiles, c une évidence logique ! Et donc si Dieu, la vie, nous a fait subir plus d’épreuves que la moyenne des gens, ce n’est pas parce que Il nous aime moins que les autres. Je pense que Dieu comme un bon père aime tous Ses enfants de manière égale ; mais je pense aussi qu’Il n’est pas idiot, et qu’Il attend plus de ceux qui ont de grandes capacités. Donc si Dieu nous a beaucoup éprouvé, c'est peut-être simplement parce que Il attend beaucoup de nous…

L’amour universel correspond à ce que les bouddhistes appellent « la nature de l’esprit ». C'est ce que nous sommes vraiment, notre vraie nature, la « substance » de notre âme, que je décrirai comme une lumière sans couleur, une lumière vivante et intelligente.

Le but de notre vie c'est de fusionner avec cet amour universel, c'est se dissoudre dans l’Océan de Joie… Et le moyen d’atteindre le but, c'est de remettre en question toutes nos certitudes, notre éducation, et de détruire toutes nos croyances illusoires, notamment la croyance en l’existence du bien et du mal. Pour cela, il faut se poser des questions du genre : « La situation que je vis maintenant est-elle 100% réelle, 100% irréelle ou entre 2 ? ». Ou encore : « Qu’est-ce qui ce passe vraiment ici et maintenant ? Ce que je vis, ce que je perçois, existe-il indépendamment de moi ? ». Quand nous rêvons, nous percevons des choses, pourtant c choses n’existent pas réellement. Dans le rêve, la seule choses réelle, c'est la perception, ce qui est perçu n’est pas réel. Dans le rêve, nous pouvons voir des amis, des ennemis, des forêts, des rivières, pleins de situations différentes peuvent se présenter, etc, mais seul l’esprit qui perçoit tout ça existe… notre vie, qui n’est rien d’autre que la somme de tout ce que nous avons perçu, est-elle ce qu’elle semble être : solide, dure et indépendante de notre volonté… ou semblable à un rêve, à un prodige magique créé par notre propre esprit ?

« Ce que l’on a coutume d’appeler « esprit » est généralement très estimé et fait l’objet de nombreuses discussions, cependant, il demeure incompris, ou compris de manière erronée ou partielle. Parce qu’il n’est pas compris correctement, en tant que tel, voici que naissent, en nombre incalculable, idées et affirmations philosophiques. De plus, puisque les individus ordinaires ne le comprennent pas, ils ne reconnaissent pas leur propre nature ; ils continuent donc à errer au gré des situations dans différents états d’existence, à l’intérieur du temps et de l’espace, et connaissent ainsi la souffrance. En conséquence, ne pas comprendre son propre esprit est une très grave erreur. »

(Padmasambhava, fondateur du bouddhisme tibétain)

La substance ultra subtile qui est la « matière » de notre âme, de notre esprit, c'est ce que les tibétains appellent « la Claire Lumière » :

« La claire lumière, qui a sa source en elle-même et qui depuis l’origine n’est jamais née, est l’enfant de l’esprit, lui-même sans parent – ô prodige ! Cette sagesse, qui a sa source en elle-même, n’a été créée par personne – ô prodige ! Elle n’a jamais connu la naissance et il n’est rien qui puisse causer sa mort – ô prodige ! Bien qu’elle soit parfaitement visible, nul ne la voit – ô prodige ! Bien qu’elle ait erré dans le monde, nul mal ne lui est advenu – ô prodige ! Bien qu’elle ait vu le Royaume, nul bien ne lui ait advenu – ô prodige ! Bien qu’elle existe en chacun et partout, nul ne l’a reconnu – ô prodige ! Et vous continuez cependant à espérez atteindre ailleurs quelque autre fruit – ô prodige ! Bien qu’elle soit la plus essentiellement vôtre, vous la cherchez ailleurs – ô prodige ! »

(Padmasambhava)

Voici encore ce que disent les maîtres bouddhistes à propos de la nature de l’esprit :

« Aucun mot ne peut la décrire. Aucun exemple ne peut la désigner. Le samsara [le monde] ne peut la dégrader. Le nirvana [le Royaume de Dieu] ne peut l’améliorer. Elle n’est jamais née. Elle n’a jamais cessé. Elle n’a jamais été libérée. Elle n’a jamais été victime de l’illusion. Elle n’a jamais existé. Elle n’a jamais été inexistante. Elle ne connaît aucune limite. On ne peut la ranger dans aucune catégorie. »

(Dudjom Rinpoché)

Car il faut bien comprendre que la nature de l’esprit imprègne tout, absolument tout. Aucun phénomène ne pourrait exister si sa nature essentielle, réelle, était autre que la nature de l’esprit.

En réalité, notre esprit, notre âme n’est jamais née, elle ne peut donc pas mourir, elle est sans commencement ni fin. Comme elle seule est réelle, les notions d’intérieur et d’extérieur ne peuvent s’appliquer à elle. Et pour la même raison on ne pas dire qu’elle est immobile ni qu’elle bouge. Elle n’a jamais fait l’expérience du plaisir ni de la souffrance (puisque plaisir et souffrances sont des phénomènes illusoires), elle ne fait l’expérience que d’elle-même, qui est une expérience de joie pure, d’une joie si pure qu’elle est au-delà du plaisir et de la souffrance. Voici comment Katie, une américaine, s’est réveillée un matin après des années de dépression sévère :

« Il n’y avait pas de moi. C’était comme si quelque chose d’autre s’était éveillée. « Cela » avait ouvert les yeux. « Cela » regardait à travers les yeux de Katie. Rien n’était reconnaissable. Et « Cela » était si émerveillé. « Cela » était ivre de joie. Il n’y avait rien de séparé, rien d’inacceptable pour « Cela ». »

(Katie Byron)

Et selon St-Thérèse d’Avila, fondatrice de l’ordre des carmélites :

« 9 Pour revenir à ce que nous disions : lorsque Dieu a introduit l’esprit dans Sa demeure, qui est le centre de l’esprit lui-même, de même que le ciel paradisiaque où se tient Notre Seigneur ne se meut pas, dit-on, comme les autres, dès que cette âme y pénètre, tout mouvement cesse en elle ; ni les puissances, ni l'imagination, ne peuvent lui porter tort ni lui enlever la paix. (…)

10 Pour en revenir, donc, à ce que je disais, il ne faut pas croire que les puissances, et les sens, et les passions, jouissent toujours de cette paix ; l'âme, oui. Dans les autres Demeures, il est des combats, des moments d'épreuves et de fatigue, mais à l'ordinaire cela ne lui ôte ni sa paix, ni sa place. Ce centre de notre âme, ou cet esprit, est chose si difficile à décrire, il est même si difficile d'y croire, que je crains, mes soeurs, que faute d'avoir su m'exprimer vous ne soyez tentées de ne pas me croire ; car il est difficile de dire qu'il y a là des épreuves et des peines, mais que l'âme reste en paix. Je vais faire une ou deux comparaisons : plaise à Dieu qu'elles m'aident à expliquer quelque chose, mais si je n'y réussissais pas, je sais que je dis la vérité.


11 Le Roi est dans son Palais, la guerre et bien des choses pénibles sévissent dans son royaume, mais il n'en reste pas moins à sa place ; de même, ici ; bien qu'il y ait un grand tumulte, beaucoup de bêtes venimeuses, dans les autres Demeures, et que tout cela fasse grand bruit, rien ne pénètre dans cette Demeure-là, et ne force l'âme à en sortir ; les choses qu'elle entend, qui toutefois lui font un peu de peine, ne parviennent pas à l'agiter et à lui ôter la paix ; les passions, déjà vaincues, ont peur de pénétrer dans cette Demeure, car elles en sortent plus asservies. Le corps tout entier nous fait mal, mais si la tête est saine, nous n'aurons pas mal à la tête du fait que nous avons mal au corps. Je ris toute seule de ces comparaisons dont je ne suis pas satisfaite, mais je n'en trouve pas d'autres ; Pensez ce que vous voudrez : tout ce que j'ai dit est la vérité. »

On peut donc dire que ce je crois être « moi » n’a rien, mais alors rien du tout à voir avec ce que je suis vraiment. « Xavier » c'est le nom donné à mon corps, à ma monture. Je suis l’esprit, je suis le cœur ; mais ni l’esprit ni le cœur ne sont manifesté dans le monde. Ils sont présents dans le monde, mais de manière non-manifesté ! En fait notre esprit et notre cœur sont un soleil, un soleil de joie, de paix et d’amour. Nous recherchons la joie, la paix, etc, dans le monde, et nous nous trouvons sans cesse confronté à l’obscurité. Et dans notre délire, nous croyons que notre cœur et notre esprit souffrent à cause de ce monde obscur, violent et imparfait. Ce que je crois vivre n’a rien à voir avec ce que je vis vraiment, comme quelqu’un qui rêve qu’il est perdu au milieu de l’antarctique… mais qui en réalité est bien au chaud chez lui sous sa couette !

Le problème c'est que nous ne sommes jamais en contact avec rien, ni avec nous-mêmes, ni avec quoi que ce soit ! Nous sommes uniquement en contact avec nos projections sur le réel, et pas en mesure d’avoir un contact avec le réel lui-même. Nous sommes sans cesse en train de fuir le réel, j’en veux pour preuve le fait que quand nous sommes dans le train, dans une salle d’attente, dans l’ascenseur, etc, notre esprit tente par tous les moyens de fuir la situation, soit concrètement : on feuillette un magasine, on tape un sms, etc, soit nous fuions intérieurement : on imagine ceci, on pense à cela, notre esprit pense à tout sauf à ce qui est ici et maintenant. Nous sommes dans un cercle vicieux : comme nous notre esprit n’est jamais paisible, mais toujours excité, se débattant constamment pour résoudre nos soi-disant problèmes, il est coupé du réel et souffre ; et comme il souffre, il trouve légitime de se battre, de s’agiter intérieurement, etc, pour enfin ne plus souffrir ! Si notre esprit entrait en contact avec le réel ne serait-ce que un instant, il aurait une merveilleuse surprise en réalisant que tout est Cela, pur, parfait, infini, etc.

Comme aucun phénomène a plus la nature de Cela que un autre, comme ils ont de manière égal la nature de Cela, ça n’a pas de sens de rechercher le plaisir et de fuir la souffrance. Le bien et le mal existent pour celui qui ne perçoit que l’apparence ; mais pour celui qui réalise l’essence qui est Cela, le bien et le mal n’apparaissent pas (le Péché Originel, nous dit la Bible poétiquement, c cueillir le fruit qui pousse sur l’Arbre de la Croyance au bien et au mal…).

Si nous ne passons plus notre temps à fuir les causes de souffrance et à rechercher les causes du bonheur dans le monde, qu’allons nous faire ? Qu’elle sera notre activité principale ? Peut-être allons-nous nous ennuyer, si cessons d’être esclaves de nos conditions de vie et que nous nous  unissons à Cela !

Pour celui qui vit au niveau de l’esprit, il n’y a qu’une seule et unique activité : aimer ce qui est, aimer ce que je suis entrain de vivre ici et maintenant. Pas aimer ceci par opposition à cela, comme font les gens ordinaires, mais tout aimer…

« Sur une île faite uniquement d’or, il est impossible de trouver un caillou ordinaire ! »

Maintenant, on peut encore se poser légitimement une question : si l’esprit est infiniment parfait, infiniment pur, etc, comment peut-il être victime de l’illusion ?

La réponse, c'est que l’ignorance que l’esprit a de sa propre substance, cette ignorance ne fait aucunement partie de la nature de l’esprit ! Cette ignorance est peut-être un phénomène particulier, mais elle n’est pas autre chose qu’un phénomène. Cette ignorance est un conditionnement, à l’origine elle n’était pas en nous. Je suis sûr que tous les petits enfants perçoivent la Vérité, en tout cas à certains moments. Mais les enfants ont une pulsion extrêmement forte qui les pousse à « faire comme tout le monde », à imiter papa et maman. Et comme tout le monde, y compris papa maman, ne se préoccupe aucunement de la Vérité, du Réel, et passe son temps à rechercher les causes du confort et à fuir les causes de l’inconfort, le petit enfant finit par faire la même chose… Il est né Fils de Dieu, et le voilà déchu, devenu Fils des hommes !

Mais comme tous les phénomènes dépendent de causes et de conditions, si on détruit les causes qui permettent à ce phénomène de se manifester, en l’occurrence l’ignorance, elle ne se manifestera plus. Si j’écris ce texte, c'est précisément dans le but de produire une cause de destruction de l’ignorance et de l’inconscience.

En fait, c'est notre dialogue intérieur, les pensées ordinaires qui habitent notre esprit qui le maintiennent en état d’ignorance et de conscience diminuée. C'est comme l’oeuf et la poule : le bavardage intérieur incessant abaisse considérablement le niveau de conscience de notre esprit, et c'est cette inconscience et ce manque de lucidité dans notre esprit qui permet aux pensées grossières et ordinaires d’avoir pouvoir sur nous.

En résumé tout se joue au niveau de la perception. Si notre perception est dégénérée, le monde où nous vivrons semblera dégénéré; si notre perception est sublime, le monde où nous vivrons semblera sublime. Quand notre vue est grossière et superficielle, nous sommes piégé par les apparences qui sont trompeuses ; quand notre vue est subtile et profonde, nous obtenons la grâce suprême de voir l’essence du réel, qui seule a le pouvoir de dissoudre notre cœur et notre esprit dans la joie pure. 

Voici encore une image du Bouddha Sakymuni (voir Photo 1), le Bouddha historique, le fondateur de cette tradition. J’ai fait cette image à Rabten Chöeling, le centre bouddhiste du Mont-Pèlerin, qui est dirigé par mon maître, le Vénérable Gonsar Rinpoché. Ou plutôt c là que réside son corps, car si vous cherchez vraiment à connaître mon maître, alors cherchez dans votre cœur ou dessus de votre tête ! Quand vous l’aurez trouvé, vous réaliserez alors qu’il n’y a aucun endroit où il n’est pas, que en vérité vous et moi n’existons pas réellement, que seul existe le Divin Maître et qu’Il joue tous les rôles !

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[1] En occident, tous les domaines de recherche, toutes les sciences, tentent de comprendre le monde (extérieur). Mais en occident personne ne s’intéresse à la nature de celui qui perçoit le monde, autrement dit l’esprit. La médecine étudie le fonctionnement du corps et même la psychologie n’étudie que les névroses, les tendances et les pensées qui se manifestent dans l’esprit. La psychologie n’étudie aucunement la nature de l’esprit lui-même.

Et c'est une erreur ! Aucune chose, que ce soit les choses visibles (les objets) ou invisibles (les pensées et les sentiments) n’existe par elle-même, indépendamment de l’esprit qui les perçoit. Le monde ne peut exister que si notre esprit lui accorde de l’importance ; par contre, seul l’esprit existe par lui-même, indépendamment de tout.

Aucun homme n’a jamais été capable de créer un atome ni un gramme de matière. L’homme ne créé jamais rien, il ne fait que transformer les choses… Personnellement, je n’aurais jamais eu l’idée de créer ne serait-ce qu’un grain de sable ! Dieu, en partant d’une feuille blanche, a eu l’idée d’inventer la le bien et le mal, la joie et la peur, moi et les autres, la pensée et les sens, les montagnes et les rivières, etc… c'est pour ça que on L’appelle « Le Tout-Puissant », car c'est le seul qui a pensé à créer ce jeu fou et fascinant que l’on appelle la vie!

[2] En fait, tout ce dont nous faisons l’expérience constitue « la nourriture d’impression ». Cette nourriture alimente notre cœur/esprit de même que  la nourriture ordinaire sustente le corps. Il faut toujours être très vigilants en ce qui concerne la nourriture d’impression. Regarder par exemple des films de basse qualité, qui montrent crûment des actes violents et insensés, c'est comme absorber du poison. Je connais le cas d’une personne qui regardait quotidiennement le téléjournal et ne supportait pas toutes les scènes violentes qu’on y voyait. « Le monde est devenu fou… », disait-elle en voyant ces images. Cette personne a souffert de diarrhées toutes sa vie – elle n’arrivait pas à digérer – et elle a finit par perdre la vue…

Le type de nourriture que nous absorbons est très symbolique. Par exemple, une personne qui a une vie qui lui paraît fade va rechercher une nourriture très épicée ou très salée, une personne qui a une vie qui lui paraît trop dure va consommer une nourriture sucrée en quantité, etc.

Une personne tombe dans la dépression lorsqu’elle n’arrive pas à digérer une nourriture d’impression. La dépression, c'est passer ses journées au lit, dans le noir, afin de faire l’expérience de rien. C'est une manière pour notre cœur/esprit de se protéger : quand il n’arrive pas à digérer quelque chose, il cesse de s’alimenter. Toute impression ressentie comme négative tant à enfoncer le dépressif dans sa dépression ; tandis que toute impression ressentie comme positive tant à aider le dépressif à émerger de sa dépression.

Les gens ordinaires s'attachent fortement aux expériences de leur vie. Les personnes qui subissent la dépression nerveuse sont en quelque sorte dans l'autre extrême, elles rejettent toute forme d'expérience. La voie authentique, c'est la voie du juste milieu, qui évite ces extrêmes: accepter de vivre des expériences, mais sans s'y attacher.

[3] Il est vrai que tout est Cela et que Cela est tout ; pourtant certains lieux et certaines situations sont plus propices que d’autres pour réaliser cette vérité !