LES PRATIQUES SPIRITUELLES

 

 

Qu’est ce que je dois faire ? Comment puis-je accéder à la réalisation spirituelle ?

Les pratiques conventionnelles

1)     La première pratique qui me vient à l’esprit est toute simple : il s’agit de la pratique de la discipline et de la concentration. La discipline consiste à se lever tôt le matin, à manger sainement et avec un bon état d’esprit, à ne faire aucun acte nuisible pour nous-même ou pour autrui. La concentration consiste à être présent dans ce que l’on fait, vigilant, à ne pas laisser notre esprit se disperser, partir dans toute les directions, bref il s’agit d’être vraiment attentif à ce qui se passe ici et maintenant. La discipline renforce notre corps, tandis que la concentration renforce notre esprit. Le but suprême étant d’amener notre esprit à se concentrer sur lui-même, pour se (re)découvrir. Pratiquer la discipline et la concentration est donc quelque chose de très important, car ainsi on fortifie son système nerveux et cela nous donne du pouvoir, de l’énergie, qui peut alors être utilisée pour accomplir le bien. Si l’on accepte le fait que c'est notre propre esprit qui créé le monde où nous sommes, alors il apparaît clairement que maîtriser son propre esprit est essentiel : toute peur, toute tension dans notre esprit va créer des conditions adverses dans notre monde, et notre vie va ressembler à un cauchemar. Au contraire, si notre esprit est serein et détendu, notre monde sera beau et lumineux, et notre vie sera semblable à un rêve joyeux.

2)     Une autre pratique consiste à imaginer que des rayons de lumière partent de  notre cœur, dans toutes les directions de l’espace. Quand c'est rayons touchent des êtres vivants, ils les purifient instantanément, leur perception est métamorphosée, et ils sont délivrés de toutes leurs imperfections et de toutes leurs souffrances. Instantanément ils accèdent au bonheur ultime, au bonheur sans limite. Si l’on pratique cette méditation avec une grande conviction, elle est très puissante… Le mieux, je pense, c'est de faire en sorte que ce soit le Divin - qui est en nous - qui accomplisse cette pratique.

3)     La plupart des gens ont je pense une relation particulièrement bonne avec un aspect du réel. Certaines personnes ont par exemple une super relation avec les chiens, pour d’autres c'est avec les enfants, pour moi c'est avec les montagnes et la nature sauvage… L’idée c'est d’essayer d’établir une perception élevée, une vision pure, dans le contexte qui nous est le plus favorable, puis de maintenir cette perception même face à une situation qui nous est moins favorable. « Vous pouvez, vous aussi, trouver des reproductions de peinture qui éveillent en vous le sens du sacré, et les accrocher aux murs de votre chambre. (…) Vous pouvez faire du lieu où vous méditez un paradis tout simple, grâce à une fleur, un bâton d’encens, une bougie, la photo d’un maître qui a atteint l’éveil ou la statue d’une déité ou d’un bouddha. (…) Et si vous trouvez difficile de pratiquer la méditation chez vous en ville, faites preuve d’imagination, partez dans la nature. (…) Pour calmer votre esprit, promenez-vous dans un parc à l’aube, ou admirez la rosée posée sur la rose d’un jardin. Allongez-vous sur le sol et contemplez le ciel. Laissez votre esprit se perdre dans son immensité. Que le ciel extérieur éveille le ciel intérieur de votre être. Debout près d’un ruisseau, laissez votre esprit se mêler à la course de l’eau. Unissez-vous à son murmure incessant. Asseyez-vous près d’une cascade et laissez son chant purifier votre esprit. (…) Asseyez-vous près d’un lac ou dans un jardin et, tout en respirant paisiblement, laissez le silence s’établir en vous tandis que la lune monte, lentement et majestueusement dans la nuit claire. Tout peut ainsi devenir une invitation à la méditation : un sourire, un visage aperçu dans le métro, la vue d’une petite fleur poussant dans l’interstice d’un trottoir, une cascade d’étoffe chatoyant dans une vitrine, un rayon de soleil illuminant des fleurs sur rebord d’une fenêtre. » (Sogyal Rinpoché). Voici une fleur, que j’ai photographié au pied de mon immeuble, et qui poussait juste à côté des poubelles… (voir Photo 9).

La photo 10 représente le Mont-Pèlerin, c'est la colline où se trouve Rabten Chöeling, le monastère tibétain où réside mon vénérable maître, Gonsar Rinpoché. Pour moi, c'est la montagne sacrée, « the Holy Montain » dont nous parle toutes les traditions religieuses. Je suis convaincu que si une personne avait tué 1000 enfants innocents, et qu’elle regarde cette image avec foi avant de mourir… cela l’empêcherait de renaître en enfer, tellement ce lieu est béni et rempli d’ondes positives !

4)     Observer le mécanisme projection-impression, qui est constamment actif en nous. Il faut l’observer en étant un témoin neutre, sans juger ce mécanisme, sinon notre jugement sera une projection de plus qui alimentera le mécanisme !

A la base il n’y a rien qui soit bon ou mauvais. Aucune sensation, aucune perception n’est bonne ou mauvaise en elle-même. Mais depuis que nous sommes nés, on nous a toujours appris à classer certaines sensations et certaines situations, comme par exemple une chute, une brûlure, une maladie, etc, dans la catégorie MAL. Au contraire, on nous a toujours conditionné à considérer que, si par exemple on reçoit un cadeau, une caresse, un aliment sucré, etc, on dois ranger ça dans la catégorie BIEN.

Quand un petit enfant tombe par exemple, il se relève et reste une seconde sans réaction, puis il réalise qu’il est sensé ranger ce qu’il vient de vivre dans la catégorie MAL. Il se met alors à pleurer ! Nous on fonctionne la même chose sauf que pour nous ça va bien plus vite, quand on se cogne par ex, on range ça en une fraction de seconde dans la catégorie MAL, et on dit « merde ! ».

On est tellement habitué à faire ça que l’on s’en aperçoit même plus. Mais si dans un état de vigilance, je me cogne, et ne range pas la sensation qui suit l’impact dans la catégorie MAL, la sensation n’apparaît comme douloureuse. Car dans la réalité, le MAL et le BIEN n’existent aucunement, il s'agit uniquement de concepts qui nous ont été transmis et qui polluent notre esprit.

5)     Observer notre situation de manière globale. C’est à dire observer ce dont je fais l’expérience, en même tant que celui qui est en train de faire cette expérience. Ne plus être focalisé sur ce à quoi nous pensons, mais sur le mécanisme de la pensée lui-même. Cela provoque une dissociation entre ce que je suis vraiment et celui qui fait l’expérience de ceci ou cela, entre le moi illusoire et le moi véritable ; il s’agit là de « défoncer l’arrière-plan » selon l’expression de S. Jourdain.

6)     Ne rien faire de spécial. Selon moi c’est la meilleure pratique… Quand nous faisons l’expérience d’une situation qui nous semble plaisante, nous essayons de faire durer cette situation… Quand nous faisons l’expérience d’une situation qui nous semble déplaisante, nous essayons de faire cesser cette situation… Bref, 24h/24, 365 jours par an, nous luttons pour nous unir à ce que nous aimons et pour nous séparer de ce que nous n’aimons pas… Nous sommes dans un état de tension constante, sans cesse en train de lutter de faire des efforts… Dans cette pratique, la plus simple et la plus subtile, il s’agit simplement d’arrêter cette lutte, « abandonner la maladie de l’effort » comme disent les tibétains.

La plénitude du coeur, la Joie Ineffable, pour l’obtenir c très simple, car cet état est notre état naturel, notre vraie nature. En effet, le bonheur véritable est « naturel », il n’est pas « artificiel ». Faire des efforts pour être heureux, baser notre bonheur sur telle ou telle cause, sur une pensée du genre « quand j’aurais obtenu ceci, je serais heureux », c'est rechercher un bonheur artificiel, puisque basé sur un artifice. Le vrai bonheur est naturel, il ne peut pas être causé par ceci ou cela.

La pratique suprême

Les pratiques conventionnelles ne donnent généralement pas le résultat escompté car elles sont « récupérées » par l’ego qui ne veut pas mourir, mais seulement avoir des expériences spirituelles.

Il faut bien comprendre que la « Joie Ineffable » dont j’ai parlé, est semblable au cratère d’un volcan rempli de lave brûlante : tout ce qu’on y met est totalement consumé, à tel point qu’il ne reste aucun résidu ! Notre faux moi, notre petit moi, limité et imparfait, que l’on nomme « ego » ne veut pas du tout mourir… il ne veut pas être dissout…

Si l’on compare notre ego à un miroir, alors il faut savoir que des situations infernales, comme par exemple être déporté à Auschwitz, voir ses proches être tués violemment sous ses yeux, etc, toutes c situations brisent l’ego, comme si on jetait le miroir par terre et qu’il se brise en mille morceaux… mais dans ce cas le miroir n’est pas vraiment détruit, il n’est pas dissout ni annihilé, il est juste fractionné…

Cela signifie que la « Joie Ineffable » c'est ce qu’il y a de pire pour l’ego, car elle seule a le pouvoir de dissoudre, d’annihiler l’ego totalement, d’annihiler complètement notre personnalité. Quand tout est Cela, toutes mes préférences, tous mes goûts, ma conception de ce qui est bien et de ce qui est mal, etc, tout cela disparaît sans laisser de trace… C’est la mort de notre attachement à l’ego et donc en quelque sorte de l’ego lui-même.

Autrement dit notre ego préfère vivre l’enfer sur terre, être confronté à la maladie, à la vieillesse et à la mort, subir une infinité de formes de souffrances, etc, plutôt que d’entrer dans l’Océan de Joie qui est notre vraie nature… il préfère s’accrocher maladivement à l’avoir, plutôt que de simplement être.

Actuellement, notre peur d’entrer dans le « volcan », d’être ce que nous sommes, Cela, Dieu, l’Absolu, etc, est plus forte que notre dégoût de la souffrance. Il faut donc qu’une « inversion » se produise, que notre écoeurement de la souffrance devienne supérieur à notre peur d’être Cela. Et logiquement, plus nous souffrons, plus nous avons de chance que cette inversion salvatrice se produise en nous. Souffrir, c donc la pratique spirituelle ultime, la pratique suprême !

« Que Dieu me donne de grandes morts et de grandes souffrances. Cela résume tout mon enseignement. » disait St Thérèse d’Avila, sans doute le plus grande sainte du christianisme après la Vierge…

Quant à Padre Pio, le plus grand Saint chrétien contemporain, il écrit sur des pages et des pages, des trucs du genre : « Je souffre et souhaite souffrir toujours plus. Une journée sans souffrir est une journée perdue. Que Dieu me pardonne mon avarice, car je voudrais prendre uniquement pour  moi toutes les souffrances de la terre. Etc, etc. »

Et quant à moi, je dois dire que mes plus grands moments de joie, liés à une perception différente et plus élevée que la perception ordinaire, je les ai eu en allant marcher en haute montagne, sur des pierriers ou des glaciers, à la tombée de la nuit quand il n’y a personne, seul, sans natel, sans carte, sans corde, etc, sachant bien que dans cette situation le moindre problème – ex : se fouler la cheville – aurait sans doute de très lourdes conséquences… Ce genre de situation où on se sent tout petit face à un monde brutal et implacable, où à chaque instant ce monde peut nous écraser et nous faire mourir soit de manière violente, soit d’une manière lente et particulièrement douloureuse, c'est typiquement une situation « ingérable » pour l’ego, pour le petit moi, notre moi habituel. Il ne peut pas gérer ça, alors une inversion se produit : Cela, Dieu, Bouddha, autrement dit le Divin prend les commandes, alors que normalement il est en arrière-plan, tandis que l’ego se retire, passe à l’arrière plan. Quand le Divin passe au premier plan, qu’Il prend les commandes de notre esprit et de notre corps, alors c la meilleure situation possible, il n’y a pas d’état préférable à celui-là…« Maintenant, ce n’est plus moi qui vit, c'est Cela qui vit en moi ! » (St-Paul)

La plupart des gens ont une bonne raison pour souffrir, pour ne pas avoir le cœur en paix. Certains disent que cela est lié à leur maladie, à leur souffrance physique. D’autres disent que c'est lié à leur conjoint, ou leurs parents, ou leurs enfants, qui ne se comportent pas comme ils le devraient, qui ne vivent pas la vie qu’ils devraient vivre. D’autres encore accusent leur conditions de vie précaires, la pauvreté qu’ils doivent subir, etc. Mais les gens ne se rendent pas compte qu’ils ont « besoin » de la souffrance et d’une cause à la souffrance.

En effet, si Dieu, la vie, donne à c gens ce qu’ils demandent, qu’ils obtiennent enfin ce qu’ils veulent… alors ces personnes, au lieu d’être heureuses, tombent dans un état dépressif ! En effet, ces gens ne savent pas au fond comment être heureux, ce qu’il faut faire pour combler le manque de notre cœur. Quand elles obtiennent finalement ce qu’elles cherchent et comme il leur a toujours paru évident qu’en obtenant ce qu’elles cherchent, leur cœur sera en paix, elle réalisent soudain que c’était faux, que leur cœur n’est pas en paix malgré qu’elles ont obtenu ce qu’elles voulaient, et alors elles ne savent plus du tout ce qu’il faut faire pour être heureux, pour combler le sentiment de  manque dans le cœur. Ne pas savoir c qu’on doit faire pour être heureux, ne plus savoir dans qu’elle direction avancer, pour quoi se battre, en résumé ne plus savoir quel rôle on doit jouer pour arriver au but, c exactement ça l’état dépressif. Beaucoup de gens s’identifient par exemple au rôle de victime. En fait, en disant cela je parle surtout pour moi… quand il leur arrive quelque chose de négatif, ces gens au lieu de passer à autre chose, s’attachent et même se cramponnent maladivement à ce truc négatif qui c produit. Comme si quelqu’un se brûle, et au lieu de passer à autre chose et d’oublier, il prend une photo de sa blessure, en fait un agrandissement géant,  puis ensuite l’encadre et le place sur le mur du salon… quand quelqu’un vient, il dit : « Tu vois ce qui m’est arrivé il y a 1 mois, ou 1 an, ou 20 ans (!), bon maintenant c'est cicatrisé, mais la vache qu’est-ce que j’ai souffert ! » Ces gens investissent toutes leur énergie dans ce rôle pitoyable et maladif, cherchant désespérément une solution à des problèmes qui n’existent que dans leur tête et pas dans le réel… Ces gens sont généralement toujours fatigués voir épuisés, tellement ils investissent d’énergie dans cette lutte insensée…

Notre esprit veut avoir une vie « intense, passionnante », tandis que notre corps souhaite une vie « confortable ». Mais c deux désirs sont opposés et contradictoires. Par exemple, explorer une région sauvage, ou gravir une haute montagne, c'est très passionnant, mais pas confortable du tout ! Inversement, remplir sa déclaration d’impôt assis dans un fauteuil, c'est une activité confortable, mais peu intense et pas super passionnante !

La télé et le cinéma, c des bons trucs que les hommes ont inventé pour résoudre cette question. Quand par exemple, je vais voir le dernier James Bond au cinéma, mon corps est très confortable, dans un fauteuil tout mou… tandis que mon esprit s’identifie au héro, et donc ce qu’il vit c'est super intense, super passionnant… et quand le héro se prend une baigne, que le méchant lui plonge la tête sous l’eau pour le noyer, etc, mon corps ne souffre aucunement… Bref, grâce à la télé et au cinéma, j’ai le beurre et l’argent du beurre ! C’est génial !

En résumé, l’état de vide et de manque qui affecte notre cœur, notre malheur, est lié au fait que l’on ne sait pas ce que l’on veut.

On ne veut pas la souffrance…On ne veut pas la Joie Ineffable, même si on croit le contraire, même si on tient un discours du genre, je donnerais ce que j’ai de plus cher pour avoir cette Joie, je donnerai la prunelle de mes yeux, etc. Tout le monde croit qu’il est prêt à recevoir la Joie Ineffable, surtout ceux qui sont dans des monastères depuis des dizaines d’années et qui pratiquent à longueur de journée… mais c faux ! c l’illusion qui nous fait croire ça. En fait ce bonheur là est beaucoup trop grand, beaucoup trop parfait, beaucoup trop subtil, etc, pour que notre misérable petit ego puisse y survivre…

Peut-être que ce qu’on veut, c’est ne pas être confronté à la réalité de ce monde qui trop dur et trop douloureux (les enfants innocents qui meurent de faim en Afrique, les vieux qui meurent dans une solitude terrible en Occident, les catastrophes naturelles, etc), ni être confronté à la réalité de l’autre monde qui est trop pur, trop parfait, trop incroyable. Peut-être que ce qu’on veut, c vivre dans ce monde en laissant de côté la souffrance des sdf, des parents qui ont vu leur enfant mourir d’un cancer, etc, etc, en pensant juste à notre petit confort, à notre petite vie, à ce qu’il y a ce soir comme film à la télé…

Etre comme des petits enfants qui vivent dans un monde chaud, doux, sans souffrance ni joie extrême… peut-être que c ça qu’on veut… sans réaliser que les petits enfants ils s’ennuient, ils n’ont pas une vie riche, une vie vraiment intéressante ! Souvenons-nous sincèrement de ce que nous ressentions petits, nous n’avions qu’une envie : grandir pour pouvoir entrer enfin dans le monde des adultes, qui nous paraissait bien plus riche en possibilités que notre petit monde d’enfant. Cette solution n’est donc pas valable. La vraie solution, c’est l’union de ce monde et de l’autre monde…

Quelle est la différence entre un Saint (comme Jésus, Bouddha, l’Abbé Pierre ou le Dalaï-lama) et nous ? C que un Saint parvient à manifester sa vraie nature, alors que nous on n’y arrive pas. Mais notre nature ne diffère pas de celle d’un Saint.

Manifester sa vraie nature, c manifester au niveau du corps ce que nous sommes au niveau de l’esprit. Et ce qui relie notre corps à notre esprit, c notre système nerveux. « Tout ce qui ne me tue pas me rend plus fort ». Je paraphraserais cette célèbre citation en disant : « Tout ce qui ne tue pas mon système nerveux le rend plus fort ». Donc pour pouvoir manifester ce que nous sommes, la nature de Dieu, on doit avoir un système nerveux fort. Et de même qu’un exercice physique affaiblit notre musculature à court terme (on peut avoir une crampe, des courbatures, etc) mais qu’il la renforce à long terme, de même les épreuves que la vie nous envoie affaiblissent notre système nerveux à court terme, mais elles le renforcent à long terme.

Pour que un tout petit enfant sache vraiment ce que signifie « se brûler », ça sert à rien de lui expliquer avec des mots. Il faut qu’il fasse par lui-même l’expérience. Donc un « bon parent » doit permettre à son enfant de se brûler, afin qu’il sache ce que c ; mais de manière légère, car une brûlure grave lui nuirait et n’aurait pas d’intérêt d’un point de vue didactique.

Et c’est bien ainsi il me semble que Dieu se comporte envers nous : Il ne nous donne pas des épreuves extrêmes, mais Il nous donne des épreuves ; Il permet que l’on fasse l’expérience de la souffrance, mais pas de la souffrance extrême. Si Dieu nous donne l’occasion de faire l’expérience de la souffrance, c pour que nous puissions comprendre ce que cela signifie que d’être confronté à une souffrance extrême. C didactique ! Son but c de nous amener à avoir de la compassion et de l’empathie pour ceux qui souffrent excessivement.

En résumé, ce que autrefois on appelait « la Nuit Obscure de l’âme » et que aujourd’hui on appelle « la dépression du disciple », qui est en fait une grâce de Dieu dont le but est d’ouvrir notre cœur et de purifier notre esprit, est souvent perçu par la personne qui vit cela comme une sorte d’état infernal, car dans cet état on est hors du monde des hommes et loin du monde de Dieu, bref on a l’impression d’être rien, d’exister au milieu du néant !

« …séparée de moi-même parce que arrachée à celle que j’étais, tout en étant pas encore celle que je deviendrai quand j’en aurai fini de faire peau neuve. » (Alice Rivaz)

La non-pratique

Mais même la pratique de la souffrance ne donne pas de résultat durable. Confronté à la mort et la souffrance extrême, nous pouvons avoir une ouverture… mais cette ouverture est perdue quand les conditions changent.

Et puis franchement, baser son bonheur sur la recherche de la souffrance et la fuite du plaisir, c juste faire le contraire de ce que font les gens ordinaires, c passer d’un extrême à l’autre. Bon, d’un point de vue didactique c peut-être excellent, car voir les choses de 2 manières extrêmes et opposées, ça peut nous donner l’intuition de la Voie du Juste Milieu. Autrement, on reste prisonnier de l’attachement à un bonheur conditionné, alors que le vrai bonheur ne peut pas dépendre de causes et de conditions.

Quel est le but de l’existence ? Se dissoudre dans ce que l’on peut appeler le grand « Oui ». C’est la Vie Eternelle des chrétiens, le Nirvana des bouddhistes, et pour y arriver il ne faut pas essayer de changer le monde (jusqu’à aujourd’hui personne n’a réussi !) car c’est la voie de ceux qui croient à l’utopie matérielle (généralement ceux qui s’intéressent à la politique) ; il ne faut pas non plus essayer de changer de monde car c la voie de ceux qui croient à l’utopie spirituelle (généralement ceux qui s’intéressent à la religion). Tout ce qu’il faut, c’est transformer notre perception afin d'accepter pleinement ce qui est ici et maintenant. Pour ceux qui accomplissent cet exploit, car il s’agit bien là de quelque chose de subtil et de difficile à faire, la récompense est une félicité insurpassable. Mais cet exploit s’accomplit au-delà de notre volonté ; simplement un jour cela advient, plus rien ne fait obstacle à la dissolution de notre être dans le grand « Oui », qui est la nature véritable du réel.

Ce grand « Oui » naît dans notre ventre (le centre de notre être) et se déploie dans l’espace jusqu’à remplir tout l’univers. Il s’agit d’une présence merveilleuse, d’une présence aimante qui pénètre tout, imbibe tout… il s’agit de la quintessence de la beauté, de la pureté, et du mystère…

Il s’agit d’un Oui total, inconditionnel et sans limite à ce qui est… Et dans cette ouverture, dans ce Oui, apparaît une joie surhumaine, qui ne va pas de l’extérieur vers l’intérieur, comme les joies ordinaires, les joies mondaines ; mais une joie qui part du cœur, de l’intérieur, et rayonne vers l’extérieur… Etre dans cet état, c'est être véritablement heureux… Voici les conséquences :

- Quand nous sommes heureux nous n’avons plus peur de la mort. En effet, si nous avons peur de la mort, c'est parce que nous sentons intuitivement que si nous mourons sans avoir le cœur en paix, en étant dans le refus de ce qui est, cet état continuera après. Et donc ce dont nous avons peur, c'est donc d’être éternellement malheureux. Celui qui est vraiment heureux ne peut pas avoir la moindre peur de la mort, car mourir en ayant le cœur ouvert, en étant dans le Oui, n’est aucunement problématique ni affligeant.

- Celui qui est vraiment heureux n’a pas non plus la moindre inquiétude pour autrui. Quand tout l’univers est remplit par la Joie Vivante, jouissance et souffrance, bien et mal, sont perçus comme les 2 pôles d’une illusion, d’une hallucination…

- Celui qui est vraiment heureux n’est plus préoccupé par la recherche des causes du bonheur. Plus besoin de se demander « qu’est-ce que je dois faire ? », « qu’est-ce que je ne dois pas  faire ? ». Plus besoin de s’inquiéter pour l’avenir, de se demander de quoi demain sera fait. Plus besoin d’imaginer l’avenir, plus besoin de faire constamment un effort pour contrôler notre vie. Quand nous sommes pleinement heureux, pourquoi essayerions-nous de contrôler notre vie, notre destin… Plus besoin de s’obsessionner sur notre histoire personnelle, plus besoin de penser sans cesse à notre petite vie, à nos petits problèmes et à nos petites solutions… C'est le grand lâcher-prise, la fin de l’attachement à notre histoire personnelle, la fin de toutes les crispations, la fin de toutes les tensions (physiques et mentales). C'est la grande paix, le grand repos, auquel notre cœur et notre esprit aspirent depuis le commencement.

- Celui qui est vraiment heureux n’est plus séparé de quoi que ce soit. C’est ça le grand miracle du Oui !

Celui qui vit dans le monde d’En-Haut, si par exemple il regarde une montagne à l’horizon, il ne la voit pas comme étant « loin » de lui, mais au contraire comme étant infiniment proche, en quelque sorte « collée » à lui, comme si nos yeux et ce que perçoivent nos yeux étaient sur le même plan.

Et si il n’y a plus rien au loin, si tout est infiniment proche, alors les notions de distance et de mouvements tombent. Si il n’y plus de mouvement, il n’y plus de temps (c’est le mouvement de l’aiguille de la montre qui créé la notion de temps).

Mais surtout il n’y plus de souffrance ni de peur. La souffrance et la peur apparaissent quand nous sommes confronté à une situation qui est selon notre jugement « une mauvaise situation ». Nous essayons alors de mettre de la distance entre cette situation et nous. C’est cette folle tentative pour mettre de la distance entre la situation et nous, qui fait naître la souffrance et la peur en nous. En effet, il est évidement impossible de créer une séparation entre moi et ce qui est.

Quand notre esprit perçoit quelque chose de douloureux, il commence à s’agiter et essaye de se séparer de ce quelque chose de douloureux. Et c cette attitude qui permet à la souffrance de nous nuire.  Si au contraire, quand notre esprit perçoit quelque chose de douloureux, il reste uni et « collé » à ce quelque chose de douloureux, tout en restant calme et paisible, la souffrance « reste seule avec elle-même » et se dissout. C’est « la folie du Oui » selon l’expression de A. Desjardins.

En résumé, si nous disons Oui à quelque chose, cette chose devient notre amie ; si nous disons Non à quelque chose, cette chose devient notre ennemi.

Et c’est valable pour n’importe quoi… Un coup est douloureux parce que nous croyons qu’il l’est, et que nous le refusons ; une caresse est agréable parce que nous l’acceptons. Mais si nous disions Oui aux coups et Non aux caresses, les coups nous seraient agréables et les caresses pénibles !

Donc, 1000 ou 10 000 fois par jour, nous devons face aux différentes situations qui se présentent et choisir de dire Oui  ou Non à ce qui se présente. Si nous disons Oui, le monde apparaît comme Nirvana et nous comme des éveillés ; si nous disons Non, le monde apparaît comme Samsara et nous comme des non-éveillés. Comme l’a dit Sogyal Rinpoché, le Nirvana et le Samsara sont co-émergeants, et à chaque instant nous devons choisir entre les 2.

Donc, l’éveil n’existe pas comme on le croit, et la réalisation suprême… c’est juste la fin d’une sale habitude, la fin de l’habitude de dire non à certaines choses. Par la grâce du maître intérieur, puissé-je être définitivement délivré de cette mauvaise habitude, et puisse tous les êtres aspirer à une telle délivrance !

En fait, comme l’a bien dit Karl Renz, tous nos efforts, toutes nos techniques, nos pratiques, etc, pour réaliser Cela sont vaines. La réalisation de Cela, la totale dissolution dans le réel advient non pas grâce à nos tentatives pour y parvenir, mais malgré nos tentatives pour y parvenir. Selon K. Renz :

« Reconnaître spontanément que l'existence précède rien et tout. Sans aucune préparation, en dépit de - et non à cause de - la recherche de la connaissance. La révélation du présent éternel. L'absence du " moi " et donc l'absence de tout concept de séparation et d'union, de naissance et de mort, de Dieu et du monde, de jaillissement et de disparition, etc.

L'absolu est conscient de lui-même, c'est pourquoi il est ce qui est. Pure connaissance de Soi, en découvrant que tout ce qui peut être connu est une fausse connaissance. La disparition définitive du temps et de tout ce qui paraît s'inscrire dans le temps. Et cela s'applique également à ce que je viens de dire sur la libération, la vérité, etc. »

Ces descriptions ne font qu'indiquer ce qu'il n'est pas nécessaire de connaître ou de réaliser pour être ce qui est. Et c'est ce que tu es : l'Etre absolu, éternellement harmonieux. »

Donc, fondamentalement il n’y a rien à faire ! Quand nous disons Oui à ce qui est, nous progressons vers le but de l’existence (d’une manière joyeuse); quand nous disons Non à ce qui est, nous progressons vers le but de l’existence, mais d’une manière douloureuse ! En fait, c’est quand nous prenons clairement conscience que les effets du Non sont toujours pires que ses causes, que nous abandonnons définitivement l’habitude de dire Non à ce qui est.

Toute nos expériences de vie nous conduisent, que nous en soyons conscients ou non, que nous voulions le provoquer ou l’empêcher, vers le but de l’existence, qui l’acceptation sans condition de ce qui est, la capacité d’aimer les choses telles qu’elles sont et d’être constamment en totale adhésion avec le réel.

La non-pratique ne conduit pas à l’éveil, mais au non-éveil. Il ne s’agit pas d’une voie, mais d’une non-voie puisque dans cette non-voie, que l’on nomme aussi voie immédiate, la cause et l’effet, le moyen et le but, le travail et le salaire, etc, ne sont aucunement séparés.

Voici un exemple pour illustrer cela : un petit enfant joue à un jeu vidéo à l’ordinateur et s’identifie au personnage principal, le « héro ». Ses parents l’ont appelé il y a déjà longtemps pour qu’il vienne manger. Malgré le fait qu’il ait faim, qu’il soit fatigué, nerveux et tendu par le jeu, il continue à jouer… Pour quitter le jeu, il n’a pas quelque chose de spécial à faire, il doit juste reprendre conscience et se désidentifier du personnage auquel il s’identifie.

Le but de la voie progressive c’est de terminer le jeu, vaincre tous les monstres et les démons, franchir tous les niveaux et conclure glorieusement en sauvant la princesse ! Le petit enfant dit à ses parents qui l’appellent : « Je quitterai le jeu lorsque ma partie sera finie », sous-entendu lorsque j’aurais gagné. Mais même si il arrive à franchir tous les niveaux et à obtenir la victoire finale, qu’est-ce qui nous dit que le petit enfant ne va pas recommencer une nouvelle partie ?

Le but de la voie immédiate, c de quitter le jeu ici et maintenant. Pour ce faire, il n’y rien de spécial à accomplir. Il s’agit juste de reprendre conscience de ce qui se passe ici et maintenant, ce qui détruit notre identification au personnage que nous jouons habituellement[1].

Il faut bien comprendre que lorsque le petit enfant abandonne le jeu et retourne vers ses parents, il revient dans son état normal, habituel. Etre un avec ce qui est, vivre dans la lumière sans subir la peur et la souffrance, c'est notre état normal, notre état habituel. Par contre, ce que nous vivons en ce moment, cette identification à un personnage qui n’a rien à voir avec ce que nous sommes réellement, notre pauvre esprit enfiévré qui est constamment en proie au délire et à l’hallucination et se débat dans un monde qui n’est pas du tout perçu pour ce qu’il est, voilà  bien un état extraordinaire et anormal !

Jésus Christ a réussi l’exploit de s’incarner dans notre rêve délirant, comme un père à la fois bon et tout-puissant qui aurait compris que son fils est en quelque sorte « piégé » par le jeu, et qui aurait réussi à s’incarner dans le jeu pour aider son fils. Hélas, les gens ne perçoivent pas du tout Jésus pour ce qu’il est, ils le perçoivent seulement comme un personnage faisant partie du jeu, un personnage un peu spécial peut-être… Comme ils ne perçoivent pas Jésus pour ce qu’il est, ils ne peuvent pas interpréter ni comprendre correctement son enseignement. Jésus déclare :

« Voilà, je suis venu dans le monde pour apporter mon enseignement aux hommes. Mais ceux-ci ne me comprennent pas, car leur esprit est enivré avec du vin mauvais ; plus tard, lorsqu’ils auront vomi ce vin, ils me comprendront. »

En résumé, la voie progressive est très élitiste puisque elle n’est bénéfique que pour des gens qui ont des facultés particulières : une bonne vue, des bons réflexes, l’habitude du jeu, etc. Par contre, le voie immédiate s’adresse à tous tout le temps. N’importe qui peut quitter le jeu ici et maintenant ; il n’y pas quelque chose à faire, il y a juste quelque chose à ne pas faire ! Il faut juste lâcher la manette, ce n’est pas un effort, c’est au contraire la fin de l’effort.

Qu’est-ce qui nous empêche de lâcher le jeu ? C'est bien sûr notre orgueil, notre soif de gagner, en effet, nous ne voulons pas quitter la partie sur une défaite mais sur une victoire. En fait je crois que même si il est théoriquement possible de sortir du jeu n’importe quand, tant que nous n’aurons pas réussi à obtenir quelques victoires dans le jeu, à franchir quelques niveaux, il nous sera trop difficile de lâcher prise au jeu. D’un autre côté, toutes les frustrations que nous aurons connues en jouant sont aussi un moteur puissant pour nous pousser à abandonner le jeu.

« Il n’y a rien à gagner, rien à trouver qui ne soit déjà là. La vérité est si simple, l’Etat-de-Bouddha est si simple, Cela est si simple. La vérité est là, ici même, dans cette pièce. La vérité est en vous. Le silence, shunyata (la vacuité) est en vous. Vous êtes le silence, vous êtes la vérité, vous êtes Bouddha. C’est là, c’est là, en ce moment si simple et si proche.

Et pourtant nous, nous le rendons si loin quand c’est si proche, si compliqué quand c’est si simple. Vous êtes Bouddha. Alors pourquoi ne le sentez-vous pas, ne le savez-vous pas ? Parce que le voile est là, l’attachement aux apparences, la croyance que vous n’êtes pas Bouddha, que vous êtes une individualité, un ego. Si vous ne pouvez pas retirer le voile d’un seul coup, immédiatement, vous devez le dissoudre petit à petit. C’est parce que nous avons rendu le simple si compliqué et le proche si lointain que les exercices si complexes, mandalas, méditation tantrique, création d’images mentales, yoga, etc… sont nécessaires. Pour réaliser l’infiniment proche un long cheminement est nécessaire. Toute une ascèse complexe est nécessaire pour traiter de tous les aspects de l’être humain, de tous les aspects de cette barrière que nous avons opposée à la vérité.

Mais pour celui qui serait convaincu, qui saurait que Cela est si proche et si simple, toutes ces techniques qui sont le patrimoine de la religion bouddhiste, qui font sont prestige, toute cette science serait complètement inutile. »   (Kalou Rinpoché)

Notre esprit est tout-puissant. C’est lui qui a créé tout ce qui nous semble bon et tout ce qui nous semble mauvais dans l’univers : c’est bien pour cela qu’il est tout-puissant ! Mais ayant créé le bien et le mal, il est lui-même au-delà du bien et du mal.

Il est ce qui est. C’est lui qui joue tous les rôles, rien ni personne n’existe hors de lui, séparément de lui. Il joue le rôle de celui qui enseigne et de celui qui apprend, il joue le rôle du sage et le rôle de l’idiot, il joue le rôle du père et le rôle de l’enfant. C’est lui qui a écrit ce texte, et c’est lui qui est train de le lire…


montagne sainte

 Ci-dessus : Le Mont Pélerin où est situé le Centre bouddhiste tibétain de Rabten Chöeling



[1]Quel est le point commun de toutes les pratiques spirituelles ? c'est d’élever notre niveau de conscience. Par exemple, je ne sais pas du tout si ce que je dis dans ce texte est juste ou faux, mais sincèrement je crois que cela n’a pas vraiment importance. Ce qui me semble important, c'est que réfléchir à tout cela élève notre niveau de conscience ; et ça, c'est assurément bénéfique.