- Les 3 aspects de la souffrance -


La souffrance de la souffrance

Il s’agit de ce que nous nommons instinctivement « souffrance ». Il s’agit par exemple de ce que nous ressentons à la mort d’un proche, à l’idée de notre propre mort, quand nous-mêmes sommes malades ou que une personne avec qui nous sommes liés est malade, etc.

Plus généralement, c’est ce que nous ressentons que nous sommes unis à ce que nous ne souhaitons pas, et quand nous sommes séparé de ce que nous souhaitons.

La souffrance du changement

Il s’agit de ce que nous nommons instinctivement « bonheur ». Il s’agit en fait de la jouissance et des plaisirs des sens. Cette souffrance est en fait bien plus subtile que la première.

Comprendre que ce nous recherchons activement, que ce pour quoi nous déployons tant d’efforts est en réalité dans sa vraie nature souffrance n’est – dans un premier temps – pas si aisé. En fait il faut imaginer que toutes les jouissances, tous les plaisirs des sens, sont très agréables, mais à court terme.

Prenons quelques exemples : partir 2 semaines à Tahiti au bord de l’océan est très agréable ; mais si nous sommes bloqués sur place et que cette situation se prolonge, elle devient souffrance. Manger certains types de nourriture, comme du foie gras ou du caviar, ou même des chips (!) peut être très agréable au début, mais plus nous en mangeons et plus apparaissent l’écœurement et les douleurs à l’estomac. La consommation d’alcool, de vin par exemple peut également est très agréable au début, mais si nous en consommons sans nous arrêter, nous allons finir par vomir et nous réveiller avec un grand mal de tête…

Donc, si les plaisirs des sens avaient la nature intrinsèque du bonheur, plus nous nous y adonnerions plus nous serions heureux, cela n’aurait pas de limite. Par contre, dans la réalité, c’est le contraire qui se passe, ce qui prouve que la jouissance a comme nature intrinsèque la souffrance. (1)

La souffrance inhérente à l’existence samsarique conditionnée

Ce troisième type de souffrance est en fait encore bien plus subtil que les deux premiers.

Pour résumer simplement, il s’agit du fait d’exister séparément. Nous croyons que à l’intérieur de notre corps il existe un « moi » ou « je » séparé du reste de l’univers, et également séparé de Dieu ou du Divin. Cela a pour conséquence que nous ne savons jamais si le rôle que nous jouons ici et maintenant est le « bon » rôle, celui que nous « devons » jouer ». Nous ne savons jamais non plus si nous sommes le rôle que nous jouons, ou si nous sommes autre chose, ou les deux, etc.

Cette incertitude permanente est par nature souffrance. Et contrairement au deux premiers types de souffrance, cette souffrance-là se manifeste constamment, elle affecte l’ensemble de notre existence, et bien que la plupart des gens ne la perçoivent pas du tout, elle imprègne chaque instant de nos vies, elle est constamment présente, y compris lorsque nous dormons et sommes dans l’état de rêve.

 

Qu’est-ce qui existe au-delà de la souffrance ?

Pour répondre à cette question, il convient d’expliquer quelle est la source de ces 3 types de souffrances.

Cette source est ce que les bouddhistes nomment les 3 poisons de l’esprit. Le premier poison est l’aversion (colère, répulsion), c’est lui qui créé le premier type de souffrance. Le deuxième poison est l’attachement (désir, attraction), c’est lui qui créé le second type de souffrance. Le troisième poison est l’ignorance (opacité mentale, indifférence), c’est lui qui créé le troisième type de souffrance. En fait, c’est créé le troisième type de souffrance qui engendre les deux premiers.

Ces 3 poisons sont en fait 3 types de maladies mentales, qui engendrent les 3 types de souffrance dont nous avons parlé. On peut donc se poser la question : mais qu’est-ce qui existe au-delà de ces illusions mentales ? En fait, il faudrait poser la question ainsi : mais qu’est-ce qui existe en-deçà de ces illusions mentales ?

La réalité, lorsqu’elle est vue par un esprit pur, non contaminé par les 3 poisons, est ce que les chrétiens nomment « La Paix qui dépasse l’imagination » ou encore « La Joie qui est au-delà de l’entendement ». Les bouddhistes quant à eux l’appellent souvent « Félicité ». C’est extrêmement difficile à concevoir pour nos esprits limités, mais en fait cette réalité n’a pas de contraire. Ce n’est pas un bonheur qui existe en opposition au malheur, ce n’est pas quelque chose de bien qui existe en opposition avec quelque chose de mal. Pour cette raison, les orientaux l’appellent souvent « Cela » pour éviter que notre esprit grossier fasse des projections sur cette réalité véritablement très subtile.

(1) Les bouddhistes enseignent que ce qui nous enchaine au Samsara, ce sont les 8 principes mondains : rechercher le bonheur, les louanges, la renommée, le gain, et d'un autre côté fuir la souffrance, les critiques, le discrédit, la perte.

Il est important de comprendre que ce qui nous est demandé c'est d'arrêter de chercher le bonheur et de fuir la souffrance, ni plus ni moins. Le fait de fuir le bonheur et de rechercher la souffrance est une grande erreur, cet vision extrême des choses est en fait pire que la vision des gens ordinaires, c'est une maladie mentale appellée "dolorisme" ou "masochisme".

 WP 20170416 005cp