L'ESPRIT D’EVEIL : BODHICITTA

échanger le désir du bonheur pour soi contre le désir du bonheur pour l'autre

 

Le désir sincère d’atteindre l’éveil au plus vite, afin de libérer tous les êtres sensibles de la souffrance, est ce que les tibétains appellent bodhicitta, l’esprit d’éveil.

 

Toutes nos souffrances, toutes les difficultés auxquelles nous sommes confrontés proviennent uniquement de l’égoïsme, du fait de se chérir soi-même, qui est la racine de toute forme de mal-être. Toutes les joies, tous les évènements heureux de notre vie ont comme source unique l’altruisme, du fait de chérir les autres, qui est la racine de toute forme de bien-être. Une personne égoïste n’a pas d’amour ni pour autrui ni pour elle-même, et est une source de malheur pour autrui et pour elle-même. Une personne altruiste a de l’amour pour autrui et pour elle-même, et est une source de bonheur pour autrui et pour elle-même. On peut donc considérer que l’égoïsme, au sens conventionnel, est de l’égoïsme « stupide », alors que l’altruisme est de l’égoïsme « intelligent ».

 

Qu’est-ce que l’altruisme ? L’altruisme consiste en 2 points : premièrement, reconnaître la bonté dont tous les êtres font preuve envers nous. Deuxièmement, leur rendre cette bonté.

 

 

 bouddha compassion

 

1. RECONNAITRE LA BONTE DONT LES ÊTRES FONT PREUVE ENVERS NOUS

Tout ce que nous possédons de bénéfique, que ces choses soient à l’intérieur ou à l’extérieur de nous-même, tout cela nous l’avons obtenu uniquement grâce à la bonté d’autrui. Nous pourrions objecter que nous avons obtenu nos possessions matérielles grâce à notre propre travail, et non pas grâce à autrui. Mais si nous sommes capables de travailler, c’est parce que nous sommes capables de marcher, de lire, d’écrire, que nous avons reçu une éducation, une formation. Le fait de pouvoir marcher, lire, écrire, notre éducation, notre formation, c’est autrui qui nous l’a donné, gratuitement.

Nous pourrions aussi objecter que lorsque les autres souffrent, nous ne sentons rien, et qu’il est donc logique de ne pas se préoccuper de la souffrance d’autrui. Mais nous trouvons tout à fait logique, lorsque nous avons une douleur à la jambe, d’utiliser notre main pour y appliquer une pommade. Pourtant la main pourrait dire que quand la jambe souffre, elle ne sent rien !

 

Nous pourrions encore objecter que certaines personnes nous font du mal, nous disent des paroles blessantes, nous frappent, parfois même sans aucune raison apparente. Dans ce genre de situation, nous avons tendance à considérer autrui comme un « bourreau » et nous-même comme une « victime ». Mais cette façon de voir est totalement incorrecte, car si des personnes ont le pouvoir de nous nuire, c’est uniquement à cause d’actes négatifs que nous avons commis dans le passé. En s’en prenant à nous, ces personnes nous purifient du karma noir engendré par ces actes négatifs. De plus, seuls nos ennemis nous permettent de nous tester, de voir si nous sommes capables de faire preuve de patience et de courage dans les situations difficiles. Les maîtres tibétains disent donc que nous devons considérer nos ennemis comme des trésors ou des joyaux précieux.

« C’est poussé par mes actions qu’apparaissent mes persécuteurs. Si, à cause de leurs (méfaits), ils tombent en enfer, ne suis-je pas leur meurtrier ? M’appuyant sur eux, je purifie de nombreuses fautes par (l’exercice de) la patience ; s’appuyant sur moi, ils tomberont pour longtemps dans les souffrances infernales. Puisque je suis leur persécuteur et qu’il sont mes bienfaiteurs, pourquoi, esprit cruel, t’emportes-tu de cette manière erronée ? » (D’après Shantideva)

 

Nous pouvons avoir une relation profondément bonne avec un être profondément mauvais et inversement.

Certains disent « je ne peux pas avoir de compassion pour untel, car ce qu’il a fait est trop terrible », ce qui est absurde. Avoir de la compassion signifie être en empathie avec ceux qui souffrent. Donc, avoir de la compassion pour les saints, qui ne commettent pas d’actes négatifs et qui ne souffrent pas, n’a pas de sens. Si nous voulons être logiques, plus quelqu’un se comporte négativement, plus nous devrions avoir de la compassion pour cette personne. Dire « je ne peux pas avoir de compassion pour untel, car ce qu’il a fait est trop terrible », c’est comme dire « je ne peux pas donner à boire à cette personne, car elle a trop soif ».

 

Généralement, nous pensons que nous ne sommes pas responsables de ce qui ce produit à l’extérieur, mais que nous sommes responsables de ce qui ce produit à l’intérieur. Nous pensons que nous n’avons pas créé le monde, les montagnes, les rivières, les plantes et les animaux, etc, et que nous n’en sommes donc pas responsables. Mais nous croyons que c’est nous qui créons nos pensées, nos désirs, etc. et que nous en sommes donc responsables. Mais cette 2ème affirmation est fausse : les pensées et les désirs qui apparaissent dans notre esprit et dans notre cœur le font sans jamais nous demander notre avis ! Les pensées et les désirs ne nous demandent jamais, avant d’apparaître, si nous sommes d’accord qu’ils apparaissent ! Ils ne nous demandent d’ailleurs pas non plus notre avis pour disparaître ! Donc, une personne qui agit négativement, à causes des mauvaises pensées et des mauvaises pulsions qui sont en elle, n’est absolument pas responsable d’être dans cette situation. Il serait idiot de reprocher à un cochon d’aimer la boue ! De plus, si il est déjà difficile pour l’entourage d’une personne qui a un comportement négatif de supporter cette négativité indirectement et temporairement, il sûrement encore bien plus difficile pour la personne elle-même de supporter cette négativité directement et constamment. L’entourage peut, si il le désire, s’éloigner de cette personne ; mais cette personne n’a aucun moyen de s’éloigner d’elle-même ! Donc, la seule attitude sensée que nous pouvons avoir face à une personne qui agit mal, et doit subir les conséquences de ses mauvais agissements, est d’éprouver de la compassion pour elle. (Mais éprouver de la compassion pour elle ne signifie évidement pas l’encourager à agir négativement !)

« En vérité, la haine ne s’apaise jamais par la haine. La haine s’apaise par l’amour, c’est une loi éternelle. » (Dhammapada)

 

Et d’après Chagdud Rinpoché :

« Reconnaissez sans cesse le caractère onirique de la vie et réduisez attachement et aversion. Cultivez la bienveillance envers tous les êtres. Soyez emplis d’amour et de compassion, quelque soit l’attitude des autres envers vous. Ce qu’ils vous font aura une moindre importance si vous le voyez comme un rêve. C’est là le point essentiel, la spiritualité authentique. »

 

Maintenant, pensons à tout ce que notre mère a fait pour nous :

« Notre corps n’a pas surgit soudain avec sa taille définitive, ses muscles bien formés et son teint parfait. En commençant par les stades de gelée molle et de gelée plus ferme, il s’est peu à peu formé dans le ventre de notre mère en puisant à la substance de sa chaire et de son sang. Il s’est développé en absorbant la quintessence de sa nourriture. Et il a pu se constituer en infligeant à notre mère toute sortes d’opprobres, de maladies et de douleurs. (...) Nous ne sommes pas arrivés tout vêtus et parés, en possession de notre héritage et chargés de vivre. A part notre bouche pour brailler et notre ventre vide, nous ne possédions absolument rien. Nous débarquions dans un lieu inconnu où tout le monde nous était étranger. Elle nous alors donner à manger pour calmer notre faim et à boire pour nous désaltérer. Elle nous a vêtus contre le froid et donnés ses biens pour que nous ne soyons pas dépourvus de tout. (...) Plus encore, elle prend soin d’un étranger dont elle ne sait ni d’où il vient ni ce qu’il deviendra, et lui témoigne bien plus d’amour qu’aux êtres bienveillants comme son père, sa mère ou son guide spirituel. Elle le contemple avec affection, l’entoure de sa douce chaleur, le câline du doigt, lui dit des mots tendres : « Coucou ! Mon petit ! Mon trésor ! Comme maman est heureuse ! » (...) Au commencement, nous ne savions pas nous nourrir, nous n’avions pas la force d’accomplir la moindre tâche difficile ; nous étions comme des vermisseaux, indolents, incapables et stupides. Or, loin de nous abandonner, notre mère s’est mise à notre service. Elle nous a pris sur ses genoux, nous a protégé du feu et de l’eau, nous a empêché de tomber dans le vide et a écarté tous les dangers. Par crainte de nous voir mourir ou tomber malades, (...) elle a protégé notre vie de mille façons inconcevables. (...) Au départ, nous n’étions pas non plus experts en tout, sûrs de nous et comprenant au premier coup d’oeil. A part appeler nos proches en pleurant et agiter nos membres, nous ne savions rien faire. C’est encore notre mère qui nous a tout appris : à manger, nous vêtir, marcher, parler. (...) Elle nous a appris à fabriquer différents objets et nous a transmis maintes autres connaissances, nous rendant égaux ou comparables à elle en tous les domaines. Or, elle n’a pas été notre mère dans cette vie seulement. Puisque nous tournons dans le samsara depuis des temps sans commencement, elle a été notre mère un nombre incalculable de fois. (...) Puisque la bonté d’une mère est incommensurable, cultivons autant que possible le désir sincère de plaire à son coeur, de lui être utile et de la rendre heureuse. Ensuite, pensons que non seulement tous les êtres ont été nos mères, mais que toutes ces mères ont eu envers nous la bonté que nous venons de voir. (...) Cultivons au mieux de nos capacité l’unique et sincère désir de tous les secourir et de les rendre heureux. Quand ce désir nous possédera totalement, ce sera le véritable amour. Selon l’Ornement des soutras : Le bodhisattva se comporte avec chacun comme s’il s’agissait de son unique enfant. Avec grand amour, du plus profond de lui même, il désire à jamais lui porter secours. » (D’après Gampopa).

 

2. RENDRE LA BONTE DONT LES ÊTRES FONT PREUVE ENVERS NOUS

Maintenant, nous devons réaliser que cela fait si longtemps que nous errons dans le samsara, que tout être qui croise notre chemin a été par le passé un grand nombre de fois notre mère, et nous a élevé avec amour et bienveillance. Le Bouddha a déclaré que l’on peut compter le nombre d’atomes de l’univers, mais pas le nombre de fois que chaque être a été une mère bienveillante pour nous.

 

Si nous avons achetés à crédit une maison qui ne nous satisfait pas, nous pouvons déménager, mais seulement après avoir finit de payer le crédit, après avoir remboursé notre dette. De même, si nous voulons quitter le cycle des réincarnations, le samsara, nous devons impérativement rembourser notre dette à l’égard de tous les êtres sensibles.

Afin de rendre à tous les êtres la bonté dont ils ont fait preuve envers nous, nous devons cultiver ce que les bouddhistes tibétains appellent l’échange de soi et d’autrui. D’ordinaire, nous utilisons notre corps et notre esprit seulement dans le but d’obtenir notre propre bonheur. Nous sommes beaucoup plus affectés par de petites souffrances qui touchent une seule personne (nous-mêmes), que par des souffrances extrêmes qui touchent un grand nombre de personnes. Si par exemple en allant au restaurant, nous trouvons un petit insecte mort dans notre nourriture, nous en serons beaucoup plus affecté que si l’on apprend qu’une famine a tué plusieurs milliers de personnes en Afrique. Maintenant, nous allons donc essayer d’inverser cette tendance, c’est à dire utiliser notre corps et notre esprit pour produire non pas notre propre bonheur, mais celui d’autrui, cesser de considérer que notre corps et notre esprit nous appartiennent, mais qu’ils appartiennent à autrui. Cela signifie aussi mettre en avant ses défauts et cacher ses qualités, tout en mettant en avant les qualités des autres sans tenir compte de leurs défauts.

« Quiconque souhaite rapidement devenir un refuge pour soi-même et autrui devra pratiquer le suprême mystère : l’échange de soi pour autrui ». (D’après Shantideva).[1][1]

 

D’un certain point de vue, cet état d’esprit consistant à tout faire pour que tous les êtres sensibles soient délivrés de la souffrance et de ses causes et qu’ils obtiennent le bonheur et les causes du bonheur, est un état d’esprit extrêmement élevé, noble et rare, qu’on appelle esprit d’éveil ou bodhicitta. Une personne ayant engendrée un tel état d’esprit s’appelle un bodhisattva.

« Si la simple pensée de soulager les êtres d’un simple mal de tête est une intention salutaire dont les mérites sont immenses, que dire du désir d’apaiser les souffrances infinies de chaque être vivant et de le doter d’infinies qualités ? (...) Le monde honore en disant : « Il fait le bien » celui qui, pour un instant, a donné avec mépris à quelques personnes une pauvre nourriture qui les soutiendra une demi-journée. Que dire alors de celui qui exauce tous les souhaits des êtres en nombre infini en leur offrant sans cesse l’incomparable félicité de Ceux-allés-en-la-joie? » (D’après Shantideva)

 

Mais d’un autre point de vue, il n’y a rien là d’extraordinaire. En effet, nous pouvons constater que souvent ceux qui ont peu reçu donnent beaucoup, et vice et versa. Par exemple, les animaux nous donnent leur chair et leur sang (qu’il le fasse volontairement ou involontairement ne change rien au fait), afin que nous puissions nous nourrir. Chaque année, des millions d’animaux sont élevés et tués uniquement dans ce but. Ces animaux n’ont pas comme nous les capacités d’étudier, de comprendre, d’avoir des activités évoluées. Pourtant, nous qui avons reçu toutes ces capacités, nous ne donnons rien aux animaux. N’y a-t-il pas là une grande injustice ? Maître Asanga, sortant de 12 années de retraite méditative, vit sur son chemin une vieille chienne dont le pelage était plein de vers qui la faisaient souffrir. Pris de compassion pour cette vieille chienne, il commença à les enlever un à un, mais réalisa que lorsqu’il prenait les vers dans ses doigts, ceux-ci étaient écrasés. Etant également pris de compassion pour les vers, il décida de les enlever avec sa bouche, puis de découper un morceau de sa cuisse pour les nourrir. L’attitude de maître Asanga ne serait-elle pas tout simplement juste, normale ? L’attitude des êtres ordinaires n’est-elle pas terriblement injuste, anormale ? Cette injustice n’est-elle pas présente partout, comme lorsque des ouvriers travaillant à l’extérieur doivent supporter le froid glacial, la canicule, le bruit des machines, la poussière, faire un travail éreintant et dangereux et ne reçoivent qu’un tout petit salaire ; alors que des architectes qui travaillent à l’intérieur, dans des conditions confortables, sans mettre leur santé en danger, reçoivent eux un gros salaire ? On pourrait objecter que si certains êtres naissent dans un état défavorable, c’est qu’ils ont commis des actes négatifs par le passé ; et qu’au contraire, si certains naissent dans un contexte favorable, c’est qu’ils ont fait des actes positifs par le passé. Il est vrai que la loi de cause à effet est infaillible ; mais en réalité, tous les êtres sans exception – depuis les criminels jusqu’aux bouddhas, en passant par les animaux, etc – cherchent à éviter la souffrance et à obtenir le bonheur. Si certains parviennent à ce but et d’autres pas, c’est que les premiers connaissent les causes du bonheur et de la souffrance, et pas les seconds. Ainsi, les êtres ordinaires et les bouddhas ont le même esprit. Ce qui les distingue, c’est que l’esprit des êtres ordinaires est voilé par l’ignorance, tandis que l’esprit des bouddhas n’est pas voilé. Donc, si les bouddhas avaient l’esprit voilé, ils se comporteraient comme des êtres ordinaires, et si les êtres ordinaires avaient l’esprit non-voilé, ils se comporteraient comme des bouddhas. Ainsi tous les bouddhas ont été des êtres ordinaires par le passé, et tous les êtres ordinaires seront des bouddhas dans le futur. Un bouddha connaît sa nature, tandis qu’un être ordinaire l’ignore, mais tous 2 ont la même nature. Considérer qu’il est normal que des êtres, moins évolués que nous, soient écrasés par la souffrance est donc tout à fait incorrect. Si nous faisons partie d’une grande famille, et que nous n’aidons pas les plus jeunes à se nourrir, se laver, etc, nous nous comportons d’une manière vil aux yeux du monde et plus encore aux yeux du bouddha. Si l’on considère l’ensemble des êtres sensibles comme une grande famille, il est tout à fait normal que ceux qui sont les plus évolués, les plus favorisés, fassent leur possible pour aider ceux qui le sont moins. Si l’on voit les choses ainsi, il apparaît clairement que toutes les guerres sont absurdes. En effet, lorsqu’il y a une guerre au sein d’une même famille, il ne peut y avoir que des perdants : même les gagnants sont des perdants dans le sens qu’il ont vaincu des gens dont leurs vies dépendent. C’est comme vaincre une partie de soi-même, comme si nos mains arrivaient à vaincre nos pieds : ce ne serait pas une vraie victoire !

 

En résumé, une personne égoïste est comme une personne au corps couvert de plaies : où qu’elle aille, quoiqu’elle fasse, même si cette personne vit dans le luxe, elle éprouvera toujours un sentiment de mal-être. Au contraire, une personne altruiste est comparable à une personne protégée par une armure : même si elle est confrontée à une situation difficile, intérieurement, elle sera joyeuse. Avancer dans la vie en étant toujours centré sur soi-même, c’est comme marcher dans la rue en regardant uniquement son nombril : le résultat de ce comportement est pour le moins insatisfaisant ![2][2] Un être ordinaire a une vision extrêmement étroite et limité : il se préoccupe uniquement de son propre bonheur, et encore à très court terme (uniquement pour cette vie). Au contraire, un bodhisattva a une vision large et profonde : il se préoccupe non seulement de son bonheur au-delà de cette vie, mais aussi du bonheur d’autrui. Le fait d’être centré sur soi-même a pour conséquence que nous avons toujours des hauts et des bas, que notre esprit est dans une instabilité permanente ; tandis que si nous nous centrons sur l’ensemble des êtres vivants, comme l’état de l’humanité change très peu d’un moment à l’autre, naturellement, l’équanimité prendra place dans notre esprit. Précisons qu’il ne faut pas confondre l’indifférence, qui est un mélange d’attachement et d’aversion, avec l’équanimité, qui est une absence d’attachement et d’aversion. Une personne ayant sincèrement engendrée l’esprit d’éveil accumule continuellement du mérite, même si elle fait des activités qui n’ont rien à voir avec la pratique du dharma, comme dormir, regarder la télévision, etc… Le simple fait de voir, toucher, entendre ou penser à une telle personne est une grande bénédiction.

 

Nous avons tendance à trouver insupportable les souffrances limitées qui affectent notre quotidien. Alors, quand nous pensons aux souffrances extraordinaires qui écrasent certains êtres (les enfants qui meurent de faim en Afrique, les femmes et les hommes torturés à mort dans des dictatures, les animaux élevés en batterie, etc), que ces situations n’ont rien d’exceptionnelles, et que ces êtres ont été, un nombre incalculable de fois, notre propre mère, cela nous est totalement insupportable. Nous avons l’impression que nous allons devenir fou, que nous allons exploser, que notre corps et notre esprit vont éclater en milliers de petits morceaux. Et c’est bien le but ! En effet, dans le bouddhisme, il y a 2 aspects. L’aspect problème, lié à la réalité conventionnelle et à la compassion, et l’aspect solution, lié à la réalité ultime et à la sagesse. Pour résoudre un petit problème, il suffit d’une petite solution, mais pour résoudre un gros problème, il faut une grosse solution ! Utiliser les méthodes ultra-puissantes du bouddha juste pour résoudre nos petits problèmes quotidiens aurait donc quelque chose de ridicule. Comme l’a souligné Gonsar Rinpoché, nous devons chercher à atteindre l’éveil pour aider les autres, et pas à aider les autres pour atteindre l’éveil.

« L’entraînement de l’esprit en 8 versets » est une prière bouddhiste qui résume parfaitement l’idéal de compassion des tibétains :

 Considérant que, pour accomplir le but suprême, les êtres sont plus précieux qu'un joyau qui exauce les souhaits; puissé-je toujours en voir la valeur.

 En tout lieu et en toute compagnie puissé-je me considérer comme inférieur à tous et, du plus profond de mon cœur, voir en chaque être un supérieur.

 En toute action, puissé-je surveiller mon esprit et dès qu'un état négatif s'installe mettant en danger les autres et moi-même puissé-je fermement le contrer et m'en écarter.

 Lorsque je vois des êtres aux penchants pervers ou d'autres que la douleur et le mal oppriment, puissé-je les chérir comme un précieux trésor si rare et difficile à découvrir

 Lorsque, par jalousie, les autres me bafouent, m'insultant ou me maltraitant sans raison, puissé-je accepter la défaite et leur offrir la victoire.

 Lorsque celui que j'ai aidé ou en qui j'ai placé de grands espoirs m'inflige une terrible déception, puissé-je voir en lui le maître spirituel suprême

 En somme, puissé-je directement ou indirectement offrir joie et bienfait à tous les êtres, mes mères, et secrètement prendre sur moi toutes leurs peines et leurs souffrances.

 Puissent ces pratiques ne pas être souillées par les concepts liés aux huit soucis mondains et, conscient que tous les phénomènes sont illusoires, puissé-je, sans saisi, me libérer de tout lien.

 

PRENDRE & DONNER

Comment générer la compassion et détruire l’égoïsme? Les bouddhistes enseignent une multitude de techniques, mais la plus connue et sans doute la plus efficace est la technique nommée prendre et donner (tonglen). En posture de méditation, nous visualisons tous les êtres sensibles devant nous. Nous imaginons que toutes leurs souffrances, toutes leurs négativités et toutes leurs névroses prennent la forme une fumée noire. Quand nous inspirons de l’air, nous imaginons que nous inspirons cette fumée noire qui se dissout en nous. Puis, quand nous expirons, nous imaginons que des rayons de lumière blanche partent de notre plexus solaire (le chakra du cœur), que ces rayons touchent tous les êtres sensibles en leur apportant la paix et la joie. Donc, quand nous inspirons, nous pensons que nous prenons la souffrance des autres, et quand nous expirons, nous pensons que nous donnons le bonheur aux autres. Nous pouvons commencer par pratiquer cette méthode en visualisant seulement nos proches et nos amis, puis dans un deuxième temps en incluant aussi les personnes qui nous sont indifférentes, puis finalement en incluant même les gens que n’aimons pas. Nous pouvons même appliquer cette technique pour dépolluer l’environnement.

Plus précisément, on distingue l’esprit d’éveil en aspiration, qu’on peut comparer au désir de faire un voyage, et l’esprit d’éveil en action, qui est comparable au fait de se mettre en route. Jusqu’à présent, c’est l’esprit d’éveil en aspiration qui a été décrit, tandis que l’esprit d’éveil en action se résume aux 6 perfections.

 
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